Lunar Twin “Ghost Moon Ritual” (27 avril 2020, Desert Heat/Tropical Depression )

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Duo constitué de Bryce Bourdeau, actuellement basé à Hawai et de Chris Murphy qui vit pour sa part à Salt Lake City, Lunar Twin sort avec ce Ghost Moon Ritual son premier long format. Captivant, celui-ci revêt divers peaux sonores, débute trip-hop (Drunken sky) un peu comme si Tricky prenait la direction des cieux et lâchait de grosses volutes de fumée. Le chant y est songeur, le tempo lascif. On s’y fait prendre, le climat est nuptial et soudain, le rythme s’emporte. Et bim!, l’effet se fait déjà sentir. On est transporté. Les séquences de Leaves, où le chant de Boudreau brille de par son obscurité, ajoutent aux penchants “flemmards”, à l’inventivité sonore surprenante, de la paire complice. On pensera à Portishead pour l’effet neurasthénique saisissant, ou encore à Troy Von Balthazar, dans un registre forcément, ici, plus trip-hop, pour la mélancolie jamais surfaite qui s’extirpe des morceaux. Bautista, lui, m’évoque le Nestorisbianca de Lionel Laquerrière, à l’époque de son fabuleux Genetics. Pouvoir d’évocation et magie sonore, bien qu’on soit de façon récurrente dans un halo posé, font bon ménage. La vie survient quand l’instrumentation, chatoyante, commence à se mouvoir. On peinera à classifier le genre, large et sans appartenance précise. Tant mieux, ça singularise ces Lunar Twin…Lunaires, mis en avant par les créations du multi-instrumentiste (et producteur) Chris Muphy que l’organe de son acolyte, chanteur et songwriter donc, épaule avec relief.

Ghost Moon Ritual est prenant, vaporeux, sensible. Son électro s’empare de sons grisés, grisants (Neon rooms). Cinema, bien nommé, est contemplatif. Lunar Twin façonne des paysages fascinants, qui font Voyager comme le sous-entend l’un des titres suivants. Organique ou synthétique, les 2 régulièrement alliés, font naître des trames de toute beauté, qui attrapent l’esprit. L’album est un échappatoire, dans le songe éveillé, au mal-être. Pétri de spleen, il fait évacuer.

Electric lights, plus “venteux” encore, presque orchestral, poursuit efficacement l’entreprise de “capture” amorcée par le groupe. Capable d’imprimer sa touche, ses atmosphères conçues avec agilité, la paire insulo-américaine nous lègue des chansons qui restent en tête et neutralisent le mal. Hawks, animé, plus cadencé que la plupart des tracks, laisserait même poindre une forme de…joie? Non, tout de même pas. On s’en tient à des airs désenchantés, chantés du bout des lèvres et les yeux clos, qui font l’attrait de Ghost Moon Ritual. Slow down, orné de sonorités qui elles aussi embaument les sens, s’envole. Nous avec. Breathe, lancinant, respire un trip-hop enfumé dans la lignée des essais qui le précèdent. On ne déplorera que la survenue trop éparse d’encarts vivaces, qui cassent joliment la dynamique hypnotique du disque.

En sa fin, ce dernier nous donne Mountains Turn to Dust, dénudé, qu’un tempo lent mais marqué porte. Puis SLC in blue, dans une étoffe de même teneur, fait atterrir la capsule. On décèle, dans l’ouvrage, un ton à la Leonard Cohen, une empreinte vocale et sonore qui démarque sensiblement ses auteurs. Le boulot est bon, personnel, et mérite donc sans conteste possible l’immersion.

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