Elysian Fields “Transience of Life” (4 septembre 2020, Microcultures Records/Kuroneko).

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Présent depuis plus de 20 ans, dépositaire d’un style bien à lui, fait de feutre et de de noir classieux, Elysian Fields a toujours su, au fur et à mesure d’une discographie désormais généreuse, nous attirer dans les limbes de son univers. Le groupe mené par Jennifer Charles (voix) et Oren Bloedow (guitare, basse), épaulés par Thomas Bartlett (claviers) et Sam Levin (batterie), alors qu’ici Sam Levin complète le tout de son violon, que Gamin Kang joue du piri (instrument coréen) et Ella Hunt assure les choeurs, faillit rarement. Elégant dans ses visuels, envoûtant sur scène où son petit monde brille de mille feux obscurs, il nous revient avec Transience of Life, album concept tiré du vénérable roman chinois Dream of the Red Chamber. Ses morceaux évoquent le destin et la perte et simultanément, y sont abordés les thématiques du bouleversement et de la perte d’autonomie.

L’album, logiquement, entre donc en résonance avec son époque. Bien mis, sulfureux dans ses sons et exotique parfois (Spurned by the world), il bénéficie sans tarder de l’accroche d’un Prologue To A Dream Of Red Mansions magnifique, lascif, dont émerge le piquant mesuré des guitares, en écrin à l’éclat vocal récurrent. Dans ses ruelles sonores où perce une lumière tamisée, Elysian Fields nous guette et, au passage, nous captive, j’entends par là nous rend captifs. Il est tentant, dès lors, de s’abandonner à sa magie musicale. Celle-ci panse les maux, c’est l’échappatoire rêvé à une réalité beaucoup moins, elle, espérée. L’éponyme Transience of Life, finaud, dépose son clair-obscur de velours, suivi en cela par Vain Longing. L’électro-acoustique de la collection de titres unis et cohérents qui nous est offerte là scintille. Des accords griffus, sobres, y apportent du piquant. La patte Elysian Fields, reconnaissable, se pose.

Elle fait émerger, de temps à autres, des élans d’ailleurs. Jennifer, à l’organe majestueux et enchanteur, grise tout à la fois l’auditeur et le registre de son groupe, distingué. Passé le Spurned by the world cité plus haut, le sucre de sa voix orne Separation from Dear Ones que des sons aussi bruts que subtils, de nature, une fois de plus, à extraire le quidam de ses repères habituels, tirent vers le haut.

Les sommets sont par conséquent en vue, An Outsider Undeserving of Love les rend moins distants encore. Son mid-tempo aigre-doux, qui m’évoque certains titres du Stoned and dethroned des Jesus and Mary Chain, fait mouche. Il se pose, une fois de plus les sonorités des instruments font un bien fou à l’oreille, aux sens, aux crânes et aux âmes. Ohlalala, ohlalala, c’est magnifique!!, comme le chantait Arno au sein de TC Matic. Sorrow Admist Joy, d’un rock venimeux, met son nerf au service du disque. Et là ça y est, on y est; les cimes apparaissent. Je me dis alors qu’il est dommage qu’Elysian Fields ne s’adonne pas plus souvent à ce type d’embardée. Ce n’est cependant pas dommageable, loin s’en faut; toute sortie du clan New Yorkais est pour nous tous une véritable cure.

Le rock, rugissant, est à nouveau de mise sur A Life Misspent. Le contrepoint entre instrumentation rageuse et chant de sirène, orné par des synthés de choix, est remarquable. En plus de s’attaquer à des sujets qui retiendront l’intérêt, le combo fait dans le beau, dans le vénéneux éclatant. Union of Enemies, orientalisant, transporte. The Indiference of Heaven, suivant cette presque “inertie” si attrayante, est beau comme un feu qui, sur le point de s’éteindre, rougeoie encore. On en revient à des atours posés, élégants. The Birds Scatter to the Wood conclut alors, selon une trame elle aussi épurée, nacrée avec soin et parcimonie, un opus splendide dont le report au 4 septembre, actualité oblige, générera une fiévreuse impatience.

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