Sonic Youth “Live in Brooklyn 2011” (25 mars 2020, Autoproduit)

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L’un des derniers, comme le narre Lee dans le petit texte qui accompagne ce live. Pas le moins intense: on dirait même que le groupe, sur la fin donc, y joue avec l’énergie de ceux qui savent que bientôt, il faudra voguer vers d’autres cieux. Et puis c’est à Brooklyn, donc à New-York. Sur les terres, donc, du phénoménal combo qui ici, entame son set avec la bourrasque Brave men run (in my family). D’emblée ça joue fort, distinct cependant. Puis on enchaîne avec une seconde perle des débuts; Death valley ’69, impressionnant d’intensité. L’unité de la formation américaine, malgré les conditions que l’on connaît, est décisive. Kotton krown aborde ensuite une facette plus tempérée, pourtant les larsens le passent au vitriol. Aussi probant dans le sonique que lorsqu’il élabore des ambiances “mesurées” (le mot est relatif), Sonic Youth retourne les foules. Celle de New York n’échappe à la règle; elle est de plus, très certainement, acquise à la cause du clan. Kill Yr. idols met en évidence, lui aussi, la première période. C’est un brûlot noisy au chant fou, la clique lui fait suite avec Eric’s trip d’un Daydream nation qui aura, notamment en 2007, enflammé bon nombre de ses lives. J’étais pour ma part au Pukkelpop, en Belgique, faisant face au groupe et j’en ai encore le souvenir. Sacred trickster, juteux, arrive. On fait le yo-yo entre les ères, ça ne pose aucun problème. Ayant dans sa besace des dizaines de morceaux mythiques, SY peut y piocher à l’envi. On continue sur The eternal quand se pointe Calming the snake. Ses dérapages lui font quitter les sentiers balisés, Kim le chante de plus avec une puissance ébouriffante. Avec ses acolytes, elle transfigure les plages choisies.

C’est le sort réservé, par conséquent, à Starfield road qui nous rappelle qu’Experimental jet-set, trash and no star, parfois contesté, est un must. On ne soulignera jamais assez, lorsqu’on entend ce titre et ce gig, le rôle des guitares. Ces dernières jouent des sons obsédants, Thurston, de plus, y va de son chant irrévérencieux. I love her all the time l’est, grandement. C’est l’une des chansons les plus emblématiques, à mon sens, de la première période. Ici, ses zébrures ne laissent personne indemne. Tout comme son break psychotrope, l’une des spécialités d’un Sonic Youth plus sonique que jamais.

Pour faire bonne mesure, pour, aussi, mettre l’accent sur les débuts du groupe et leur incontestable portée, on lance un Ghost bitch grondeur et lancinant, qui d’un coup prend la poudre d’escampette. Tom violence, à classer dans cette même catégorie du “early Sonic”, marie clarté et dissonance. On en revient à l’ultime album avec What we know, je sais pour ma part qu’après écriture de cet article, je ressortirai ma collection. Il ne peut en être autrement.

Tiens, le Papillon ivre fait sonner ses notes. Thurston annonce que ce sera la dernière. Alors forcément, il arrache tout. Les vivas durent puis c’est Flower, parpaing noisy-noise, qui inaugure les rappels. Steve malmène ses fûts, c’est à nouveau la tempête. Celle-ci ne s’endigue pas, il faut la laisser déferler. Le plaisir est prolongé, accru même, par une brochette de titres qui parcourent la longue épopée Sonic Youth.

Un énième morceau-phare, Sugar kane, complète la fête. Embardée bruitiste puis break encore une fois atmosphérique, captivant, se succèdent. Puis ça repart. C’est alors fini, croit-on. Eh bien non, on aura encore droit à 2 pépites: Psychic hearts, extrait de l’album solo de Thurston, apporte la preuve que ses efforts méritent bien des égards. Plus sage que le reste, il apporte cependant autre chose. Puis Inhuman, un véritable torrent, inonde le Williamsburg Waterfront. It’s the end, comme le dit l’expression consacrée. On ressort de là un peu comme si on nous avait passé à la “Washing machine“, quand bien même l’album en question n’a ce soir pas été abordé. Ca fait un bien fou, on ne boudera sûrement pas notre plaisir de pouvoir retrouver, avec ces enregistrements, la magie live de Sonic Youth.

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