Mesa of the Lost Women “Les tables noires” (Specific Recordings, 28 février 2020).

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Groupe messin à dominante expérimentale, Mesa of the Lost Women improvise et, ce faisant, juste il vise. Entre noise et free jazz, relents black métal et…identité personnelle forte, il nous gratifie de ce disque, Les Tables Noires, sorti chez Specific Recordings qui s’adresse, lui, aux musiques…spécifiques et les édite en vinyl. Le ton est ainsi donné, il n’y a pas tromperie. Enregistré en une seule prise, l’opus crache sa noirceur, lâche des vocaux fous épars, Black Magic For Hidden Souls empruntant pour débuter un sentier hors-pistes sur lequel sons bruts, chants incantatoires et dissonnance couplée à un rythme chaotique font bon ménage. Assez fascinant dans son côté “libre”, le dit titre navigue à l’écart de tout style défini. Sur sa seconde partie il entre, soniquement, en éruption. Voix plus que jamais black, crue sonique marquent l’issue d’une ouverture déjà entièrement vouée à la différence. “Mainstreamers” s’abstenir, votre place, messieurs, n’est pas ici. Yves Botz (guitare et voix ici “distante” car passée dans son micro guitare et sa reverb à bande) et Christophe Sorro (batterie, effets) enfantent, à 2, ou plutôt à 3 sur ce disque puisque Florian Schall est convié au chant, un raffut obscur étrangement captivant. Altar s’appuie sur, encore, une voix black-métal sans que le genre lié au morceau ne soit redevable à la dite mouvance. On pense aussi au Sonic Youth le plus bruitiste qui puisse être quand se pointe The blacktop, un peu kraut, un peu rock’n’roll, noisy et indomptable. Les voix tarées, à la limite de l’effrayant, de Not To Spill Blood, That Is The Law! se frottent à un climat sombre, à une noise leste “dronée”. Mesa of the Lost Women n’a pas son pareil pour “charmer” l’oreille tout en la faisant saigner. Coupable d’atmosphères qu’on gardera dans nos sphères, dédiées au chaos et capables de nous mettre K.O., il dévie à l’envi.

S’il faut, bien entendu, assimiler le rendu, celui-ci envoûte si l’effort et consenti et maintenu. Ca peut certes éprouver, mais ça vaut le détour. Le bruitisme reprend avec Headhunters Grand Parade, dont aucun trait de lumière ne viendra percer l’opacité. Des vocaux, jamais normaux, nous emmènent dans des abîmes de grisaille. On y plonge. Le groupe, comme l’indique sa bio, se réinvente ici. Je ne connais pas ses essais précédents mais force est de reconnaître qu’il instaure un son, des chapes de bruits, bien à lui. The unanamable, innommable d’un point de vue stylistique et une fois de plus fou dans les voix, conclut l’opus en jouant une longue souillure. On suivra, en initié, les 6 plages que livrent Les Tables Noires en ayant bien conscience que les 2 comparses, dans l’exercice souvent périlleux de l’essai libre et sauvage, sont à leur aise et se montrent capables de rendre une copie exigeante, certes, mais valant la peine d’être disséquée.

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