Cancellers “The worst of Cancellers” (11 janvier 2020, Autoproduit).

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Quatuor amienois rock “et puis c’est tout”, Cancellers a le bon goût de nous offrir, avec ce disque qu’il aura mis 2 ans à enfanter, le pire. Du moins le prétend t-il dans son intitulé. Car The worst of Cancellers, avec ses 14 titres rutilants taillés dans une vitamine garage qui ne connait que peu de relâchements, met bien peu de temps à imposer ses notes. Remonté, il déboule toutes guitares dehors avec Cancellers save the world (y s’la “racontent grave” en usant d’un certain humour mais à l’écoute, force est de reconnaître qu’en écartant l’option “sauveteur de la populace”, ils mettent à l’honneur le rock vrai, celui qui mord et et transpire). A l’écart du pire, bien entendu. Car Game’s empire, à la pop garagisée urgente, le confirme: dans l’impétueux mélodique, ces mecs en ont à dire. PRZ, transfuge des excellents The Dakens, donne de la voix comme il se doit. Ses hommes de main ferraillent et jouent juste, sans verser dans le démonstratif. N’attendez pas d’eux qu’ils tourneboulent le style; ils sont rock et n’en démordent pas. Dans l’unité, ils y vont d’un jeu franc et sans atermoiements. On parle peu, trop peu, de ces combos qui, dans l’ombre, font le boulot avec mérite et mettent de la vie, en toute modestie, avec un réel investissement, dans le giron musical local.

Cancellers, de par ses membres aguerris et cette sortie probante, en est. Il ne triche pas, la couleur est d’emblée annoncée. Il n’y a pas tromperie. Des envolées de six cordes (Wanna do) épicent un disque qui, en plus de sonner juste, aborde des thématiques qui n’ont rien à voir avec la niaiserie d’un Jul, n’en déplaise à ses fans si “profonds”. A ce propos, jeunes gens, n’oubliez pas qu’un album, ça parle autant que ça fait danser. A ce titre, un coup d’oeil aux “lyrics” sollicitera votre cortex; c’est très certainement pour ça que les Picards ont fait le choix d’imprimer, dans le livret de ce recueil du Pire, leur prose dignement accompagnée par une instrumentation énergique.

Parce que oui, il pétarade, l’objet aux multiples jets. Je pense à Supergrass pour cette pop vigoureuse, qui se pare d’une énergie punk sans détours (I try) et laisse libre cours à l’expression de guitares volubiles et expressives (Legend, ni plus ni moins; oh m++++ ils continuent à se la raconter -bien moins, en réalité, que beaucoup d’autres combos trop vite élevés au rang de référence-). Les choeurs de Red lips, sucrés, enjolivant un opus sans adjuvant. C’est du brut, sans filtre; du pur jus rock sans intermédiaire douteux. On ne prétend rien, mais on fait tout bien. Et c’est pas rien, en cette ère où perdurent, oh misère, nombre de cover bands sans originalité aucune. Ici on compose, on n’a pas la prétention d’inventer. On joue, on envoie le bousin et éparses sont les erreurs alors que partout réside l’ardeur.

Sur Crashway, la basse fait onduler, les grattes font parler la poudre. On y met une pincée de motifs mélodiques, l’ajustement entre puissance et tempérance est adroit. Demon with a pretty face ne perd pas la face: il fait bonne figure (admirez au passage ma dextérité linguistique, ce superbe jonglage entre les langues), percute et plante ses crocs. Dans une simplicité qui sied à sa mouvance, Cancellers fait mouche. Il retombe sur sa version acoustique de Wanna do, ornée par le piano de Franck Sauvignon. Une issue feutrée, en contrepoint d’un contenu très souvent “gicleur”, qui s’emballe toutefois sur son second volet et insuffle une mélancolie alerte, de belle allure, dans une rondelle authentique.

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