DIIV “Deceiver” (4 octobre 2019, Captured Tracks/Differ Ant).

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3ème album, décrit comme “shoegaze”, pour le DIIV New Yorkais emmené par Zachary Cole Smith, sous la forme de ce Deceiver qui contrairement à ce qu’annonce son titre ne déçoit pas, loin de là, tant ses mélodies touchent au coeur pendant que ses excès, récurrents, font bouger la carcasse. Il faut dire qu’avec Horsehead, qui ouvre le bal entre pureté vocale poppy et guitares en éruption, on est au sommet du rapport bruit-mélodie. Alors que Like before you were born, plus direct, renvoie cette même justesse dans l’association des 2 tendances. Griffures shoegaze, rêverie dream-pop et ruptures annoncées, mais rarement complètement effectives, convoquent l’ère 90’s, celle d’un My Bloody Valentine par exemple, ou encore d’un Ride au moment de son fameux Nowhere, pour faire court.

Skin game, véritable petit standard indé, en remet d’ailleurs une bonne louche. Riffs bien sentis, voix constamment douce, génialement immuable; nombreux sont les atouts du quatuor américain, qui confirme comme on pouvait s’y attendre après Oshin (2015) et Is the Is Are (2016). Le bruitisme élégant prend une forme plus strictement pop avec Between tides, posé et épuré. Quoiqu’il en soit DIIV, en tous points, séduit immanquablement.

Après cette série sans lacunes, Taker se place entre pop tranquille et explosions soniques, à mi-chemin de l’apaisé et du plus poussé. Ses encarts shoegaze, dérapants, font sensation. A l’instar de l’éponyme Deceiver, nouvelle pépite imputable à DIIV. Désormais valeur sûre, ce dernier perpétue le genre avec éclat, sans omettre les “crissements” qui font bien entendu partie intégrante de son registre et contribuent à son excellence. For the guilty rugit, les guitares y sont en crue. The spark, splendide chanson noisy-pop, relève encore le disque en présence, Lorelei scintille tout en exhalant des sons mesurés dans leur déviance. L’album, exemplaire, est à la fois beau et souillé, majestueux et par instants nerveux.

En sa fin, il nous livre d’autres perles. Blankenship d’abord, kraut et tendu. Mélodiquement enchanteur aussi, urgent. Une perle, une de plus devrais-je dire, dans une discographie qui avance avec régularité et sans livrer la moindre faiblesse. On peut alors terminer sur la retenue trompeuse d’Acheron, long de plus de 7 minutes. Fin et sous-tendu, il prend son temps avant de cracher un venin doucereux, comme le sont certaines parties de l’opus. DIIV vient de signer, la réécoute m’amène à en faire le constat, l’un des meilleurs albums de la fin 2019.

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