A “Omiens”, les belles affiches sont fréquentes, n’en déplaise à ceux qui, cloîtrés dans le confort télévisuel, prétendent qu’il ne s’y passe rien. Ainsi et outre les différents lives tenus en caf’conc (si si ça existe encore) ou encore en Smac avec la Lune des Pirates, se tenait à l’Accueil Froid un double set particulièrement attrayant pour les inconditionnels du rock déglingué d’ici, j’entends par là de France, avec Double Nelson “from Nancy”, présent depuis 30 ans, et les messins Le Singe Blanc, au rock fou et fusionnant à la Primus.

Armé des 4 dérisoires euros demandés pour assister à l’événement, car c’en est réellement un pour qui s’oppose au “rock” bienséant et limité, voire creux et insignifiant, j’investis donc l’antre amienoise et le temps d’échanger quelques mots avec la dame de Double Nelson, d’évoquer Drive Blind, Atypeek, Les Thugs ou encore leurs “voisins” de Davy Jones Locker, le temps aussi de parler du nouvel opus de la paire (brillant), le concert débute. Un set indéfini et pourtant excellent, entre noise, rock et électro, narrations loufoques et échanges d’instruments au sein du groupe, plus qu’expérimenté, au gré des morceaux. A l’image de son dernier disque en date, Erreur 89450, Double Nelson souffle un rock déviant, à l’opposé des chemins tout tracés.

Aussi sonore qu’en d’autres recoins plus nuancés, truffé d’encarts fous et de sons qui font tripper l’esprit, de voix qui elles aussi dévient, le set est énorme. Il faut dire qu’avec Double Nelson, l’amiral tient le cap. Le groove barré de ses compositions est démentiel (Keep cool, qui flirte avec l’indus), ses penchants lo-fi électroïsants un brin spatiaux font mouche (Roundup). Avec Double Nelson, c’est l’assurance d’une embardée expérimentale mémorable. I’m not in love traverse l’espace, planant et psychotrope. Woaw, en ouverture, fait de même en susurrant ses mots, sur une électro-cold magique. Le savoir-faire de ces deux-là n’est plus à prouver, ils réveillent ma nostalgie -celles de nos 90’s notamment- en même temps qu’ils démontrent qu’avec de telles prestations, ils sont plus que jamais en vue. Leur raffut structuré, déstructuré, a peu d’égaux. Nourri par une bordée d’albums de tout premier ordre, le concert marque son monde. Il pourrait s’étendre, mais le choix d’une durée mesurée le rend d’autant plus efficient.

On s’en souviendra donc, on vient de passer un moment qui renforce et atténue la grisaille. Réjoui par Double Nelson, je piaffe d’impatience d’entendre en live Le Singe Blanc, dont les 2 ou 3 albums reçus pour mes chroniques -je me souviens notamment de Strak!– m’ont eux aussi mis dans un état second. C’est ça qu’on cherche, d’ailleurs, quand on vient s’injecter du live. Un oubli, une forme d’ivresse, saine et sonique. Avec ce trio là, on va être servi et Boa boa, par exemple, marie magistralement groove leste, riffs…de basse bien mastoc, n’oublions pas que Le Singe Blanc compte dans ses rangs 2 fois 4 cordes, voix cinglée et batterie déferlante, pour un rendu qui met tout le monde d’accord. A l’instar de Double Nelson, on fuit les conventions et on prend le parti d’une folie créative à l’extrême, renforcée comme chez le dit groupe par une bonne vingtaine d’années de pratique à côté des sentiers.

Entre psych-noise, bourrades funky cinglantes et dansantes, basse jouée guitare et basse jouée…basse, le quadrumane à 3 têtes et à 3 voix réinvente la fusion, joue avec une maîtrise certaine. Arrebato, l’album le plus récent de la clique lorraine, sert principalement de support aux excès de haute volée pratiqués ce soir. Ici encore, le style ne se définit pas; c’est le génie de l’assemblage, la capacité à faire cohabiter des styles et sons divers, qui prédomine. La liberté aussi, revendiquée, dans le procédé. A volume élevé, l’animal enchante la salle. En trio percutant, il nous en met plein les mirettes et on n’en rate pas une miette. Enchaîné sans tergiverser, son concert nous met par terre. On a à faire à des mecs vrais, pour qui jouer, et s’impliquer, ne sont pas des vains mots.

On en sort éprouvé, avec en tête le bonheur d’une première et du peps pour un bon bout de temps. Avec la satisfaction, en outre, d’avoir vécu une date “wild”, insoumise, qui correspond parfaitement à nos aspirations musicales. Un son différent, ingénieux, issu de têtes pensantes dont les lives, et la discographie, s’avèrent être la plus prégnante des preuves de fiabilité et de longévité. Merci et bravo à elles, donc, dans l’attente des prochaines troupes amenées à investir l’endroit.

Photos William Dumont.

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