Tempers “Private life” (25 octobre 2019, Dais Records/Differ Ant).

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Duo basé à New York, Tempers est composé de Jasmine Golestaneh et Eddie Cooper. Il joue une “dark ice electronica” souvent mid-tempo, cold, déclinée sur ce Private life, son second disque, en 10 plages attirantes. C’est Capital pains qui ouvre la marche et souffle à cette occasion une dream-pop ombrageuse, vivace et teintée de shoegaze. On part d’un genre pour y imbriquer un autre et Leonard Cohen afterwork suit en exhalant, lui, l’electronica dark mentionnée plus haut. La voix de Jasmine envoûte, les sons dressent des atmosphères gris-noir prenantes. Stylistiquement, on touche aussi à une certaine sensibilité pop et à des intonations presque gothiques. L’adresse de Tempers à tisser des ouvrages obscurs, parfois au ralenti comme sur Peace of mind, est profitable. A eux en tout premier lieu, à l’auditeur ensuite qui vit de fait un moment marquant. La lenteur du morceau constitue un avantage, il en émane un pouvoir d’attraction affirmé.

Plus loin, Filters convoque une basse cold, des atours alertes. La voix y dégage autant de relief que sur les autres chansons, on y trouve comme partout ailleurs des sonorités imaginatives, qui stimulent le mental. A sa suite se présente Daydreams, mid-tempo aussi majestueux que délibérément froid. La formule est maîtrisée par Tempers et surtout, elle le rend très fréquentable.

On a alors passé la moitié de l’album. Guidance offre une électro-cold à l’entrain souterrain, dans un minimalisme de bon aloi. La paire nous emmène dans les bas-fonds, on l’y suit sans résistance. Ténébreux, le voyage mérite d’être consenti. Push/Pull, où Jasmine chante à la Hope Sandoval, brille alors de par ses notes fines qui surlignent le canevas posé, cold et lancinant, qui s’offre à nous. Captivant jusque dans ses abords les plus tranquilles, Tempers se révèle et honore une formule duelle qui fait mieux que de faire ses preuves. Son “étude” sonore est aboutie et débouche sur un rendu vertueux. More than you realized et ses guitares acidulées, son tempo “low” et son tissu sombre et sobre, fait son effet. Grace vocale et soutien sonore ajusté sont en harmonie.

Sur la fin, le lent piquant de Sleep, ses sons lents et acidulés, prolongent l’expérience générée par le groupe. La séduction, ici, résulte autant du contenu que des ambiances générées, dans lesquelles on se drape. Bien qu’obscures, elles offrent une carapace sécurisante, presque protectrice, une bulle dans laquelle se retrancher. Il faudra pourtant s’en extirper avec…Exit, porte de sortie au drone étiré un peu moins marquant que le reste. Ce qui n’empêche nullement la fascination exercée par Tempers sur ce Private life parfaitement pensé.

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