Tio Manuel “The 7th road” (La Fugitive Records, 1er septembre 2019).

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Pffiou, le mec a un parcours tout sauf court, une expérience (Wunderbach, collaboration avec Joe Hell, disques multiples sous son nom et concerts à foison; je fais volontairement -très- court car le pedigree du gaillard mériterait lui aussi une chronique) qui, forcément, pèse dans la balance au moment de sortir The 7th road. Tio Manuel, AKA Manu Castillo, s’y frotte au blues-rock d’une matière rugueuse, qu’il assouplit parfois (The golden curse). Il fait le choix, pour attaquer, d’un rock qui, s’il se veut élégant, sort les crocs (El centro). On est ici autant dans les espaces mélodiques dépaysants à la Calexico que dans le rude d’un Iggy, l’équilibre est trouvé. En ancien passionné, rodé à des genres divers, Tio Manuel sert un blues leste, décoré à l’harmonica (Flamingo blues), chante d’une voix gave façonnée par des années de pratique. Il récidive, selon un déroulé plus jazzy, avec Johnny Boy. The 7th road, c’est assurément celle d’une musique authentique, qui sans chambouler le château de cartes jouera un jeu franc et sincère.

Skinny girl, exercice rockab’ aux touches bluesy, déboule en groovant. Le chant amène comme à chaque titre du relief, on joue, dans les rangs du combo de Tio Manuel, de manière investie. C’est de bon augure et ça incite nettement, tout comme le vécu de l’intéressé, à poursuivre l’écoute.

Après l’apaisement The golden curse, donc, Amarillo y azul pose lui aussi le jeu, en restant dans une forme de tourment d’arrière-plan. On en apprécie la teneur mais on commence à attendre, un peu trop “redescendu”, le rock rocailleux du parisien. San Jose junction, sautillant, s’en approche et brille par son allant, son blues appuyé. Le sieur Castillo pioche aussi côté americana, ou dans le folk, pour cimenter sa besogne. Andaluz, hispanisant, sue un mid-tempo de choix. Voix adjointes et finesse musicale font bon ménage, on laisse de côté l’énergie brute mais on est loin de démériter.

Le disque, retreint à 10 titres, offre ensuite un Love in vain, des Ruts, aux contours blues, là encore à 2 voix, avenants. La cover est belle, à mon niveau le manque de travaux rudes à la El centro se fait toutefois sentir. Le dernier essai, La ruta escondida, ne comblera pas le manque mais ajoutera à l’effort de Tio Manuel une ultime touche de choix, ornée au dobro et au violon, qui fera de The 7th road un album de qualité. Que j’aurais cependant, ce qui n’engage que moi, agrémenté d’un ou deux bourre-pif rock dont le bonhomme a le secret.

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