Après un jeudi soir psyché/90’s déjà porteur, c’est à une véritable expérience stylistique que nous conviait la Lune des Pirates, avec à l’affiche Indianizer, Italiens fous, puis Flamingods, Anglais déjantés. Ceci pour un ” voyage expérimental”, comme écrit sur la brochure de saison de la salle amienoise, qui aura fortement marqué les esprits.

En effet, avec d’une part une giclée salvatrice de “psychotropicalbeat”, signée Indianizer, puis le “psychedelic exotic noise rock” des Flamingods, l’effet était garanti. Il n’a pas tardé à se propager sur la foule locale, aigrelette au début du set d’Indianizer mais bien vite fournie, attirée, à n’en pas douter, par le cocktail des musiciens de Turin. A boire à grandes lampées, celui-ci, en live, prend une ampleur considérable. Riccardo Salvini et ses acolytes chantent et jouent dans plusieurs langues, la pluralité des chants est d’ailleurs à l’image de leur mixture: large, déviante, enivrante. Inconnu, à la base, de mes “services”, le quartet semble développer une jam à la King Gizzard mais à sa sauce, selon un procédé qui ne doit rien à quiconque. Inventif, cosmique autant qu’excessif, dansant, psychédélique, auteur de sons fous et parfois doux, voilà une nouvelle trouvaille qu’on se réécoutera fréquemment une fois qu’on aura “atterri” de ce concert saisissant.

Ce type de live ne se décrit d’ailleurs qu’avec difficulté; on est ici dans des territoires si singuliers que le mieux est encore de venir vérifier sur le terrain. On est en tout cas embarqué, c’est un peu le propre des soirées Lune que d’emmener son petit monde sur une autre planète. Alors on danse et on s’immerge, le moment est précieux car sans équivalent. C’est l’occasion d’oublier, de s’oublier, de s’abandonner, corps et âme, à un son unique. On reste d’ailleurs, à l’issue, un peu perché.

Mais c’est pour mieux, après un break de “digestion”, repartir dans un autre chemin de traverse, impulsé cette fois par les Flamingods. Tous vêtus d’une veste en jean à l’effigie du groupe, à la mode biker, les gaillards hébergés par Moshi Moshi Records, c’est là un gage de fiabilité, ne vous laissent pas le choix; sans tergiverser, il vous contraignent à l’épopée “Exotic Psychedelia”. Venu aussi de Bahrain, ce qui explique son exotisme entièrement addictif, le groupe opte lui aussi pour des pistes non balisées. Là encore on danse, on s’échappe, on VIT. Le groove et fou, osé et pourtant si cohérent.

Côté son, c’est de surcroît impeccable. La salle est bien dotée, l’équipe technique performante. Ca ajoute, forcément, à l’attrait du live. Ce son, on a le sentiment qu’il nous balade au gré de ses sources. Entre Londres et Bahrain, la place est large et le Levitation des Flamingods, dernier album en date ici fortement crédité, donne l’impression de léviter. Ils auraient d’ailleurs leur place au Levitation France “from Angers”, mais ce soir c’est la Lune des Pirates qui tire profit d’un gig mémorable. On l’en remercie, Peaches orientalise le bazar et Paradise drive parle rien que par son intitulé. Le voyage est total, il regonfle pour un moment et transporte jusqu’aux portes…d’une certaine idée du bonheur. Superbes lives!

Photos William Dumont.

Site Lune des Pirates