Javva “Balance of decay” (11 octobre 2019, Antena Krzyku)

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Groupe polonais initié par le batteur Bartak Kapsa, issu d’un parcours conséquent l’ayant entre autres mené à ouvrir, avec Something like Elvis, pour No Means No ou encore Fugazi, Javva sort avec Balance of decay son premier album. Ayant invité d’autres compatriotes aguerris à se joindre à lui, notre homme y pratique en leur fiable compagnie une “afronoise” baladeuse, au groove irrésistible (Ancaman), aussi sauvage que tissée avec subtilité. Le rendu, on le comprendra, n’est pas commun. Des sons nouveaux s’en extraient, on est de toute façon déboussolé dès Pad eye remover, morceau appuyé qui ouvre les débats. Tiens, on y trouve l’énergie “giclante” d’un Fugazi. Les claviers s’envolent et fusent, on est pris dans le tourbillon vigoureux de ces hommes de l’Est, inventifs.

Plus loin, Sentinel groove comme The Ex. Afronoise, on n’en est certes pas loin mais l’intitulé ne peut suffire, à lui seul, à définir ce que fait Javva. Il est dansant, transcendant, novateur. Il est bon, pour tout investigateur sonore, de profiter d’une telle pépite. Pan American et sa batterie presque tribale en introduction, reptilien, entre noise, saupoudrage jazzy et sonorités venues d’autres terres, gratifié d’un chant déviant, confirme qu’on n’est pas là pour embrasser le mainstream.

Fernandes, placé à l’exact milieu de l’opus, ondule lui aussi. L’imagination du groupe en termes de sons, de textures, est étonnante. Il a, c’est audible très vite, sa propre vision de la musique, son style bien à lui et ce dernier est à part. On en prend donc une large part, conscient que ce genre, innovant, ne court pas les rues. Bangau, riffant et plutôt ramassé, le prouve derechef. Javva est un groupe précieux, ce premier essai l’emmène d’ores et déjà dans les sphères.

Ce n’est donc pas une surprise si la fin du parcours, émaillée d’un Erebus qui pulse de manière saccadée et aérienne, se montre irréprochable. Balance of decay l’est, de bout en bout, et nous fait décoller de notre zone de confort. On ne peut que le suivre dans son cheminement, expérimental mais complètement tenu. La route, pleine de (bonnes) surprises, s’achevant au son de Kua fu. Un 8ème et dernier assaut africanisant qui fera remuer les bassins, unira ses voix de manière probante et finira de révéler, avec brio, une bande de Polonais à l’identité forte.

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