Teleferik “Blood orange sirup” (5 avril 2019, Microcultures/Differ Ant)

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Duo franco-libanais, Teleferik avait déjà créé la surprise avec son Lune electric (2015), révélant un savoureux mélange de rock “riffeur” et de sonorités orientales. Tel un Orange Blossom, il y mixait les genres avec maestria. Ce qui lui permit, d’emblée, de se démarquer.

Avec ce Blood orange sirup, le procédé est similaire et très vite porteur. Guitares dures et élans “de là-bas” se donnent le change (Believe, entre autres morceaux qui font onduler). Aloule, massif, bluesy, imprime de suite une couleur, une orientation, singulières. Le funk-rock imparable de Khalina N Shouf lui succède avec entrain. Le chant en Arabe lui donne de l’ampleur, un pouvoir de “transport” certain. Teleferik est électrique et éclectique. Just a woman le voit s’envoler, intégrer des terres psyché mais aussi rudes. Les contrastes entre plages calmes -en apparence- et incrustes brutes font sensation. La paire dose ses essais sans faillir. De l’autre côté instaure le chant en Français sur une tonalité très dépaysante, que des riffs viennent déranger. Le groupe, c’est audible, développe une méthode que peu maîtrisent.

Hell in your arms, ensuite, valide le groove hybride des deux comparses. Entraînant, il frappe fort. Au mitan des douze morceaux que livre l’opus, on est conquis. Il s’agit toutefois de ne pas faiblir; So many lovers, un tantinet jazzy, tient bon la barre. You are poetry convoque les cuivres, Teleferik élargit ainsi son panel sans s’égarer. Au contraire, il n’en est que plus porteur encore. Cheveux denses suinte un rock teinté de blues, rythmé, de caractère, jamais entravé par le chant une fois encore en Français.

Sarr lezim, percutant dans ses saccades funky, est une bombe. On marie rage et style avec…style et rage. Teleferik est un voyage, périlleux, haut en couleurs, qu’on aurait tort d’éviter. Son Queen of the harem doté lui aussi d’effluves jazzy est racé. Sur le plan musical, on est non seulement dans l’inventif, mais aussi dans la justesse de ton. Et de son. The night peut alors conclure en retombant quelque peu, moins enlevé (quoique…) que le reste mais tout aussi bon: l’affaire est pliée, on prendra quelques instants pour atterrir avant de rejouer cette douzaine de titres hautement recommandables.

Site Teleferik