Queen Of The Meadow, interview

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Muzzart a rencontré la bordelaise Queen Of The Meadow pour qu’elle nous parle de son nouvel album folk et délicat, A Room To Store Happiness (Only Lovers Records, octobre 2018) quelques jours avant la release party qui aura lieu à Bordeaux ce samedi 17 novembre 2018 à l’Eglise Sainte Marie de la Bastide. événement Facebook

Joseffeen/Muzzart: L’album s’intitule A Room To Store Happiness et j’ai eu l’impression à l’écoute que les morceaux pourraient être comparés à des objets conservés dans une pièce et que chacun a une histoire à raconter….

Helen/Queen Of The Meadow:  Exactement! J’avais pris, au départ, l’image de petites boites dans lesquelles j’ai l’habitude de mettre des choses qui me tracassent mais qui peuvent être aussi des choses positives ou qui me permettent d’aller mieux quand je les ai rangées quelque part et c’est ce qui m’a fait choisir ce titre au final. Quand j’écris une chanson, c’est une manière de dire “ça, je le range là”. C’est de là qu’est venue l’idée de cette pièce où on pourrait ranger tout ça, sur des petites étagères. Ce sont des morceaux dans des petites boites (rires). On voit la pièce en question sur la pochette. Je n’ai pas choisi une pièce au hasard. C’est le bureau de mon arrière grand-père dans la maison où j’ai passé toutes mes vacances étant enfant. Quand j’ai trouvé le titre de l’album, j’ai immédiatement pensé à cette maison. C’est l’endroit où j’ai le plus de souvenirs heureux. C’est la maison du bonheur. Elle se trouve sur une île, ce qui lui donne un côté très protecteur. On n’y capte pas. Il n’y a pas internet. Il n’y avait même pas la télé quand j’y allais et c’était le bonheur, un bonheur d’un autre temps. Le titre est aussi un hommage à mon auteur préféré qui est John Steinbeck et à une citation qui m’a donné l’idée. Elle est tirée de A l’Est d’Eden: “There wasn’t any limit, no boundary at all, to the future. And it would be so a man wouldn’t have room to store his happiness”. J’adore ce livre et les descriptions de Steinbeck.

Joseffeen: Les paroles des morceaux sont très mélancoliques alors que les mélodies sont lumineuses, c’est un moyen de donner plus de légèreté à ce que tu racontes?

Helen: C’est une découverte que j’ai faite avec le premier morceau que j’ai écrit pour l’album: “Withdrawn”. Il parle de quelque chose qui a été très difficile pour moi et j’ai trouvé que le morceau qui en est sorti avait quelque chose de presque enjoué. Ce contraste m’a plu. Je suppose que cela vient aussi d’un état d’esprit un peu plus combatif de ma part à ce moment-là. Pour cet album, j’ai passé beaucoup plus de temps sur la musique. Pour mon premier, les paroles étaient le plus important pour moi. C’est toujours important pour moi parce que mes morceaux partent toujours du besoin de dire quelque chose mais j’ai beaucoup plus travaillé la musique. L’anglais est une passion pour moi. J’adore l’écriture et jouer avec les mots. Je commence toujours par les paroles et la mélodie vient s’y imbriquer.

Joseffeen: Tes paroles ressemblent souvent à des poèmes ou racontent des histoires comme pourraient le faire des comptines, c’est un moyen d’exprimer des choses de façon un peu détournée?

Helen: C’est vrai que j’aime beaucoup que les choses soient métaphoriques. Certains de mes morceaux peuvent parfois être assez crus, un notamment, et pourtant on y croise des licornes par exemple. J’aime bien maquiller les choses, créer des personnages. Par exemple, sur mon premier album, il y a un morceau intitulé “Evil Queen” qui parle de pédophilie mais que j’ai habillé dans le personnage un peu féerique d’une créature marine. J’aime bien raconter des choses sans tout dire non plus et créer des univers.

Joseffeen: Comment se sont passés la composition et l’enregistrement de l’album?

 Helen: En général, j’ai tendance à m’isoler quand j’écris. Je me cache. Je compose guitare-chant. J’ai souvent déjà plein d’harmonies en tête. J’enregistre une démo sur mon ordinateur puis je l’amène à Julien (ndlr: le songwriter bordelais Julien Pras qui fait également partie de Calc et Mars Red Sky) et on passe ensuite ensemble au studio. On enregistre ce que j’ai fait puis il y ajoute ses idées d’arrangements, les arpèges délicats de guitare qu’il sait si bien faire. Il ne m’est jamais arrivé de ne pas être d’accord avec lui. On est vraiment sur la même longueur d’onde musicalement. J’ai écrit tous les morceaux de cet album en 2017 après avoir sorti le premier, sauf un,“Fairytopia”, que je n’avais pas mis sur l’album à l’époque mais j’ai regretté ensuite et j’ai eu envie de le retrouver alors nous l’avons réenregistré. On enregistre tout dans notre cave à la maison. C’est parfait car cela nous permet d’enregistrer au fur et à mesure et de pouvoir revenir sur certains morceaux si nous en avons envie.

photo: Olivier Seguin

Joseffeen: Tu as sorti l’album sur ton nouveau label, Only Lovers Records. Comment les as-tu rencontrés?

Helen: C’est tout simple. J’ai tapé “label indé folk” sur Google! (rires). J’ai vu le nom: Only Lovers et j’ai adoré. Mon tout premier label s’appelait Tiny Room. Je les choisis pour leurs noms! (rires) J’ai vu que Only Lovers n’avait qu’un seul groupe et je me suis dit que ce serait un label qui prendrait le temps de vraiment s’occuper de l’album et qui s’investirait si ça lui plaisait et c’est exactement ce qui s’est passé. Je suis ravie de cette structure basée à Poitiers qui me soutient dans mon travail et m’a laissée sortir l’album tel qu’il était.

Joseffeen: Tu as sorti 2 très jolies vidéos pour 2 titres de l’album. Pourrais-tu me parler d’abord de celle de “Withdrawn”?

Helen: Cette chanson parle de quelque chose d’assez fou qui m’est arrivé. Suite à un changement de traitement médical, je me suis retrouvée dans un état de psychose pendant 4 jours et ça a été vraiment très très effrayant pour moi. Je croyais que j’allais mourir. Le problème a été résolu en changeant le traitement mais en attendant, je me suis raccrochée à ma guitare et je me suis remise à écrire et j’ai écrit “Withdrawn”. Il est finalement assez positif et c’est une façon de dire merci à la musique. Au moment de faire le clip, j’ai eu envie d’utiliser des images d’une très jolie session live filmée par le photographe et vidéaste Olivier Seguin et d’y mêler des images qui pouvaient correspondre à ce qui m’était arrivé. J’ai passé un dimanche à regarder des choses assez sordides parmi les images libres de droit sur la psychiatrie jusqu’à ce que je tombe sur ce petit trésor et cette petite fille, Margaret. J’ai un coup de coeur et ai été bouleversée par ce documentaire qui dure une vingtaine de minutes. Il y a de belles images et elle a regard extrêmement touchant. J’ai trouvé que c’était parfait. C’est triste parce qu’elle est enfermée dans sa tête mais il y a le côté léger et joyeux de l’enfance malgré tout. J’aime bien le fait que ces images la fige dans ce temps de l’innocence.

Joseffeen: Ensuite, il y a le clip pour “Empty Room” qui a été un challenge pour toi je crois…

Helen: Oui, un vrai challenge! J’ai à nouveau fait appel à Olivier Seguin officiel dont j’adore le travail. C’est lui qui a réalisé ce clip dans lequel je danse. J’étais allée voir un spectacle de danse quelques temps avant, un peu à reculons, et j’ai eu un coup de coeur. C’était la première fois que je voyais un spectacle de danse parce que je n’aime pas ça à la base. C’était un spectacle très fort, très puissant, sur la féminité et sur le corps et ça m’a beaucoup touchée. Quand le label m’a demandé de faire un clip pour “Empty Room”, j’ai repensé à cette danseuse. Elle s’appelle Clarisse Pinet. Elle est professeur de danse et a une compagnie qui s’appelle Clafoutis & Cie.  J’ai eu envie qu’elle danse dans le clip et j’ai décidé de danser avec elle, ce qui était un vrai challenge pour moi qui ne danse jamais. Je l’ai contactée et elle a accepté. J’avais fait un petit story board et elle a fait la chorégraphie en essayant de faire quelque chose d’assez simple pour que je puisse le faire. Elle a été formidable et a su me mettre en confiance. Pour moi, ce clip a un message presque engagé. Il est un peu féministe quelque part. C’est un moyen de dire “je ne sais pas bien danser mais c’est pas grave, je le fais jusqu’au bout, en sous vêtement et je le publie sur Youtube (rires), je n’ai pas un corps parfait mais j’assume”. C’est le côté imperfections assumées et l’importance et la beauté du lâcher prise. Tourner ce clip a été très libérateur. Le lieu aussi était parfait. Olivier nous a trouvé une maison abandonnée avec une belle pièce pour tourner le clip. Il a su me mettre en confiance lui aussi.

Joseffeen: J’aime beaucoup la pochette de l’album. Tu peux m’en parler un peu?

Helen: La photo a été prise par ma cousine, Charlotte Cornudet, dans la maison familiale. Tout est fait maison. Les lettres que l’on voit sur la bibliothèque n’ont pas été ajoutées artificiellement. Ce sont des petits cartons que j’ai peints moi même. Et, à l’intérieur de l’artwork, il y a des collages que j’ai faits et qui mêlent des éléments de la maison de ma grand mère: une photo de mon arrière grand père et de ma grand tante avec des ailes faites à partir de la tapisserie d’un fauteuil par exemple.

Joseffeen: Tu vas fêter la sortie de l’album en live samedi. Comment va se passer cette release party?

Helen: Je suis très contente parce que c’est le groupe bordelais Willows qui va faire la première partie et ils vont nous accompagner sur deux ou trois morceaux aussi. Nous ne sommes que deux sur scène d’habitude alors, avec eux, nous allons pouvoir avoir des percussions et du piano et recréer les arrangements du disque. Je suis ravie du lieu aussi puisque j’aime beaucoup les églises, ce genre de lieu est très beau. D’ailleurs l’affiche du concert a été faite par Ludivine Martin qui sait que j’aime beaucoup les vitraux et m’a dessinée en vitrail. La soirée est organisée par l’asso bordelaise Tribal Traquenard qui organise plein de concerts super chouettes. Il y aura un apéro ensuite chez la librairie Le Passeur.

Muzzart quizz:

Joseffeen: Quel est le meilleur endroit pour écouter de la musique?

Helen: C’est dans ma voiture! Etant maman, je suis toujours très occupée et j’adore ce temps de pause en voiture, où je suis toute seule et peux écouter ce que je veux.

Joseffeen: Quel est le premier album que tu acheté avec tes sous à toi? C’est honteux souvent…. (rires)

Helen: Honteux? Oh oui! J’en ai un beau! (rires). J’avoue. C’était l’album de East 17. J’étais petite et je ne l’ai pas beaucoup écouté après! (rires) Mon vrai déclic musical, ça a été un gros concert: le concert Un jour à Bordeaux de Noir désir. Ils avaient invité plein de groupes locaux et j’ai découvert un univers musical que j’ai adoré.

Joseffeen: Un autre meilleur concert par la suite?

Helen: Oui, Shannon Wright! La première fois que je l’ai vue, c’était sur un festival en Angleterre, All Tomorrow’s Parties. C’était organisé par Shellac (Steve Albini) et en voyant Shannon Wright, j’ai pris une énorme claque.

Joseffeen: Et ton dernier coup de coeur musical?

Helen: En live, ça a été Jesca Hoop lors d’un concert en appartement organisé par Tribal Traquenard. Elle a une voix magnifique. Nous avons fait la première partie avec Julien ce soir-là. Et en coup de coeur local, c’est Chien Noir! C’est mon premier vrai coup de coeur français. il a aussi fait un concert dans le même appartement que Jesca Hoop d’ailleurs!

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