VioleTT Pi – Manifeste contre la peur

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Venu de Granby, près de Montréal, VioleTT Pi traîne une réputation de clown chantant, entretenue en compagnie de son acolyte Sylvain Deschamps et de son batteur Maxime Drouin. Si clownerie il y a, elle réside avant tout dans la versatilité de ce second long jet, qui refuse de choisir entre chanson, électro, grunge, hip-hop et rock…et c’est ça qu’est bon, comme le dit l’expression bien connue.

Manifeste contre la peur, c’est le nom de l’objet, saute en effet allègrement d’un genre à l’autre et s’avère, à l’arrivée, génial et passionnant. Le registre “chanson” de départ est malmené avec génie et dérision, mais aussi avec talent dans le verbe. Funky loufoque et nerveux sur Bondage, chanson-électro-pop-rock (tout ça mêlé, oui…) dingue et qualitative avec Héroïne et ses mots-maux (“Je suis désabusé, et j’abuse pour oublier”), rock tendu/mélodieux avec La mémoire de l’eau, breaks tarés et pourtant judicieux, le début du disque file déjà un délicieux tournis. On se doute bien que le délire ne va pas s’interrompre, il préside de toute façon et prend des atours plus que diversifiés. On continue donc l’investigation avec grand plaisir, pris dans les chemins de traverse du Canadien. Les huîtres de Julie Payette est à la fois salé (grungy) -normal pour des huîtres- et sucré (pop), Betsey Johnson est tout à tour rock sale, électro, cold et mélodique. C’est dire la folie inspirée du bazar, qui en plus de ça refile une grosse envie de danser. Singe de ville trouve sa source dans un rock-chanson qui dans le même mouvement trace et caresse, Opinel bazarde un hip-hop/électro-rock qui tape dans le mille. On hallucine devant ce bordel de génie, sans foi (quoique..) ni loi.

On touche à la fin mais on a encore faim, on se rassasie donc d’un Calude Gravol fusion qui dérape à la manière d’un Primus, on enchaîne sur Hors de la portée des humains, à la basse qui pulse, à dominante funky barrée aux excès soudains. VioleTT Pi calme ensuite le jeu (Feu de plastique) de belle manière, en mode folk pur. Six perroquets séchés dans un tiroir en bois le voit bailler à nouveau, débridé, plus nuancé ensuite, toujours aussi délirant dans ses options et inspiré dans ses sonorités. Il finit ensuite au son de Postlude, courte et jolie comptine folky dont le calme tranche avec tout ce qui a pu précéder et conclut un opus aussi fou qu’indispensable. Avec, cerise sur la gâteau, un bonus-track électro-punk pas moins savoureux que le reste.

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