Polly & the Fine Feathers – Polly & the Fine Feathers

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Connue en nos terres, jusqu’alors, pour ses effort indie-rock, Isabelle Casier alias Pollyanna s’essaye maintenant, sous l’appellation Polly & the Fine Feathers, à un répertoire country-blues jazzy, permis par ses escapades solo dans le Tennessee en 2012 et, surtout, par sa rencontre avec deux musiciens passionnés: le batteur Abdesslem Gherbi, venu de New Orleans mais prof de gamelan à la Villette, et le contrebassiste François Fuchs.
Aguerris, les deux hommes sont d’un certain apport au projet de Polly et de leur union naissent dix titres chatoyants, beaux, tout simplement, et d’une sincérité évidente. Un objet rétro-actuel, qui n’ennuie pas car parfois plus appuyé ou gentiment orageux (Even more), et qui groove de suite sous la conduite de la contrebasse ((Thanks for the) Twister), muni de titres qui dégagent une musicalité de tous les instants. Le bel organe de vocal de Polly s’y acoquine avec les trames classieuses mais jamais démonstratives de ses complices, qui parviennent même à maintenir ma patience et mon écoute, moi l’indé endurci (quoique…).
Il faut dire qu’il égaye, cet album, avec ses ritournelles authentiques, sa vigueur sautillante (Last night (I dreamt that you were dead)), sa pureté et le transport qu’il génère. Ici on ne triche pas, on marche à l’humain et à l’émotion, quelques invités dont Jean-Charles Versari y vont de leur contribution et des élans plus fiévreux (Chocolate Jesus) renforcent l’ouvrage, pas trop poli bien que signé Polly. De ce fait, on vite l’écueil d’un disque trop sage ou uniforme, quand bien même les morceaux posés y dominent. In the cornfields souffle un brio instrumental qui crédite grandement le trio, s’agite avec classe, A landscape suit un rythme soutenu et se drape d’atours aussi minimaux qu’attractifs par leur texture. On s’étonne presque de la capacité naturelle de Pollyana à devenir Polly, à changer de répertoire, mais n’oublions pas que la Dame réussit dans ses entreprises quel que soit le chemin emprunté. On se réjouit donc ensuite des montées d’Even more, du dépouillement de Chasing mammoths. Puis avec Frankenstein, ultime essai galopant folk-pop voire rock, superbe (un ou deux supplémentaires de cette trempe auraient été bienvenus), on se dit qu’on tient là une oeuvre précieuse, sensible mais dotée du caractère nécessaire à en faire une réalisation majeure.