Olivier Depardon – Les saisons du silence

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L’excellent Un soleil dans la pluie (2012) l’avait démontré, l’ex-Virago Olivier Depardon est toujours en verve, entre rock noise qui cingle et élans plus modérés. Les saisons du silence, son tout nouvel effort, étend sa palette, enrichit son carnet d’instruments inédits (moog, violoncelle, cornet, looper) et d’emblée, sur Un inventaire qui inquiète et dépayse à la fois, obsède aussi par la réitération de ses sons et reste dans une tension retenue remarquable. Une histoire lorgne du côté de Diabologum, prend appui sur une trame narrative et des guitares finaudes mais vrillées. L’histoire en question est prenante, le contenu construit avec panache et dans les pas de cette amorce faussement paisible, un mordant A jamais fait, dans les traces de Virago, donne une assise déjà affirmée à l’ensemble. 
On l’a déjà pressenti, Les saisons du silence est un nouveau grand cru, tout sauf…silencieux ou, plutôt, éloquent à souhait, aux rares “silences” d’une belle expressivité. Impression soleil dedans présente un post-rock animé, d’une part par le verbe d’Olivier, plus que jamais évocateur, de belle facture, et d’autre part par des paysages sonores joliment tourmentés, agrémentés entre autres par le violoncelle de Nicolas Lapierre et des choeurs gracieux. Laisse agir (méthode préconisée, également, pour l’album ici décrit) fait de même et il est intéressant de noter, à l’heure de la réédition de leur fabuleux #3, les similitudes avec Diabologum dans les climats, les sonorités et le chant, dans l’explosivité sonique aussi (la fin de ce Laisse agir, noisy, orageuse) . Le constat n’est cependant valable que sur certains titres, c’est bel et bien Olivier Depardon qu’on entend, un musicien capable de tout, audacieux, dont la longue route a depuis longtemps aiguisé le savoir-faire.
Sa plume incandescente, à l’image de ses guitares brutes, illumine un colérique Sans un bruit, qui dément son intitulé par son côté génialement…bruyant, justement. Un break sous-tendu survient, puis la rage sonique reprend ses droits. On navigue donc entre référence au Virago le plus acéré qui soit, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, l’opus est à la fois lettré et viscéral et Attrape renoue avec cette luxuriance instrumentale grise qui constitue l’un des atouts de la dizaine de chansons livrées. De la poussière alterne entre sons noisy et encarts plus clairs, dommage qu’il sente l’inabouti…mais on se rend compte qu’il sert en fait d’introduction à Les synapses ovales, rock aux guitares fracassantes qui soulignent un discours à nouveau louable. Le morceau prend des détours plus calmes, replonge dans le fracas; il assure définitivement la bonne tenue continuelle de l’album, se fait saccadé, noise et honore un “zicos” dont on aurait presque l’impression qu’il se bonifie avec le temps, un peu comme ces grands crus de nos contrées.
Enfin, les riffs de Tout arrive, son impact noise-rock, subtil/tendu, son parfait positionnement entre flux incoercible et brefs répits, mettent magistralement fin à un énième standard issu de chez Vicious Circle, l’une des “boutiques” les plus fiables que l’on puisse compter dans ce pays aux moeurs parfois honteusement mainstream.