Gratuit – Là

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Ex-Belone Quartet, où le registre déviait déjà habilement, Antoine Bellanger tient désormais la barre de Gratuit, projet solo qui mêle electronica et “noise symphonique” (Je crie, sur cet excellent nouvel essai). est son troisième opus, dans la foulée d’un Délivrance de haute volée paru lui en 2012.
Cathartique, psycho-social dans ses textes, profonds et lucides, Là délivre onze titres gris de par leur vision désenchantée, entre chant narratif et plus chanté (Les autres, léger et alerte, minimal pour un résultat optimal). Un entrelac de sonorités entre organique et synthétique vient draper l’effort, qui n’en fait jamais trop et se fait plus appuyé le temps de ce Attendre entraînant et incoercible, à l’electro sombre et savamment troussée. Il y a même, dans cette noirceur à l’espoir qui point, des élans cold, Je m’élance, lent illustre son intitulé et se pare d’encarts classiques qui trouvent leur place sans dénoter. Le champ musical de Gratuit est inédit, le gars de chez Kythibong s’essaye à la construction d’un domaine novateur qu’il fait lentement et judicieusement évoluer. Et maintenant donne à entendre une trame orageuse, bruitiste, qui semble dépeindre le chaos inhérent à l’ensemble et à ce qu’il évoque, et dont peine à émerger une forme de clarté, de sérénité.
Avec Ca craque, l’étayage se dénude pour mettre en avant un chant parlé encore une fois douloureux dans ce qu’il exprime, avec pour seul décor des claviers froids. Le contenu gagne l’auditeur, lui impose presque sa grisaille et c’est aussi en cela que Bellanger parvient à ses fins, en plus d’une qualité globale imprenable. Sur ledit titre, le tempo s’emballe, l’ornement prend une envergure plus prononcée, puis Chut (Chute, pourrait-on également dire) allie chant au ralenti et rythme appuyé, breake et repart, les synthés brodent des motifs ingénieux. Gratuit crie sa douleur ou la susurre, l’expulse, prend appui sur son oeuvre, de taille, pour soulager ses maux. Il recourt pour ça au mot, à une musicalité allégorique et pourtant prenante, à une répétition des climats dont Reviens fait usage avec panache. Des sons avenants bousculent des trames obscures, comme sur ce morceau, puis Au-delà, spatial, brumeux, s’appuie sur un panel de sons encore une fois bien pensés, entre froideur et élégance, qui surlignent, au gris, un propos lui aussi digne d’intérêt. Les deux étant de toute façon en phase et étroitement liés, sur cette nouvelle livraison à laquelle on cherchera vainement la moindre faille.