Chapelier Fou – Deltas

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Invisible, en 2012, avait déjà chéri nos écoutilles et confirmé le côté aventureux, parfois déstabilisant, de Chapelier Fou, inlassable défricheur sonore. 
Deltas, nouvel album une fois de plus magnifié par ce violon qui “embarque”, n’en fera pas moins et si on peut en certains endroits s’égarer, avoir à revenir au contenu pour se l’approprier, le procédé de Louis Waryinski finit, toujours, par obséder, entre violon donc décisif (Tea tea tea), références au classique, jamais “gavantes”, et electro doucereuse mais soutenue, aux nappes souvent aériennes (La guerre des nombres). En ce sens, l’enchaînement de début, de Pluisme et sa sérénité folle à La guerre des ombres en passant par Grand artica, lui aussi enrobé par un violon merveilleux auquel s’adjoint un rythme electro marqué bien que sans surplus, fait d’emblée  la décision. Seule la présence d’une voix donnerait à l’opus une envergure supplémentaire, rendrait le transport plus lointain encore. C’est le seul point qu’on “déplorera” et dans la foulée des titres déjà écoutés, Triads for two imposera à son tour des détours sonores et rythmiques dont on s’éprend vite, fréquents mais de plus en plus pertinents, à mon sens, au fil de ses essais discographiques.
Enchanteur autant que barré, Deltas “prend la tête”, l’expression étant en l’occurrence positive. Pentogan ralentit la cadence, use de sons savamment entremêlés, Polish lullaby s’en tient ensuite lui à une trame trop réservée pour réellement accrocher l’auditeur. Surprise, le chant arrive sur Tickling time avec l’intervention de Gerald Kurdian, ce qui nous donne un rendu electro-pop cosmique de bon aloi, subtil et qui génère une fois de plus le voyage des sens.
Sur la fin, i_o livre un canevas tout aussi finaud, assimilable à une forme de trip-hop “violonisé” qui a de plus la bonne idée de se faire plus “speed” sur ses derniers instants. Bien vu, bien pensé surtout, avant que le violon ne se taille la part du lion pour orner un Carlotta Valdes leste et spatial mais aussi sonique, qui étend le voyage à d’autres territoires que seul ce genre d’artistes peut explorer avec autant de brio.