Rusconi – History sugar dream

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Trio helvétique, Rusconi s’appuie sur des influences larges pour, après digestion maîtrisée de celles-ci, bâtir un espace sonore d’obédience jazz mais qui dépasse régulièrement les limites du genre. Sous haute, ou plutôt régulière influence Pink Floyd et/ou Sonic Youth et parfois même les deux mêlées (Change (part one)), à d’autres moments plongé dans un dépouillement à la fois racé et presque lo-fi (Finally, belle amorce), Rusconi marie “normalité” et improvisation, recourt à l’electro autant qu’à une instrumentation usuelle.
History sugar dream, l’opus décrit en ces lignes, fait brillamment étalage de l’ouverture et des dispositions du groupe, actif depuis plus de dix ans et ayant même sorti un disque de reprises de la clique de Thurston Moore, It’s a sonic life, en 2010. Spatial façon Floyd, aussi, sur l’agité Meditation qui se fait également noisy, il instaure tout autant une belle quiétude jazzy moins “pervertie” (Ankor), qui voisine allègrement avec les essais déviants, constamment aboutis, de Stefan Rusconi et consorts. On ne s’y ennuie pas -belle prouesse quand on sait à quel point le genre peut barber- et au contraire de ça, on s’imprègne de plus en plus, au fil des écoutes, d’un rendu non conventionnel, étoffé ça et là par le chant des trois comparses comme sur Twisted.
Bien entendu, on approuve la démarche, on valide et l’atmosphère de ce titre comme le groove à la fois pur et souillé de Yogya trip qui le suit montrent un Rusconi à son avantage. Qui peut encore groover sévère sur The return of the corkies (Primus/Soul Coughing en tête), faire dans la loufoquerie vocale l’instant d’après (Universe relocated) sur fond jazzy animé. Pour ensuite revenir à des aspirations plus “classiques” à l’occasion de Chihiro’s world, avant le morceau de bravoure de l’opus, Sojus dream. Une épopée de de plus de quatorze minutes, bouillonnante, stylée aussi, aussi orageuse que tranquille notamment en sa fin. Et une belle synthèse, de surcroît, des tendances explorées par Rusconi. Qui livre là un bel album, dans le rejet constant des règles préétablies.