Anorak, fleuron métal-hardcore picard largement exportable…

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Après un Go up in smoke sévèrement burné, et des lives de la même trempe, questions à Tim, bassiste d’un groupe récemment “compagnon” de scène des vétérans Biohazard


  1. Pour débuter, d’où vous vient ce nom de groupe particulièrement « hivernal »?

On a choisi ce nom parce qu’on trouvait qu’il sonnait bien, et aussi parce que ça nous faisait marrer. Au moment où on cherchait un nom de groupe, on sortait tout ce qui nous passait par la tête (souvent des trucs débiles d’ailleurs), et celui-ci a retenu notre attention. On ne recherchait pas spécialement un nom typé métal/hardcore, bien que, si tu en oublies le sens, ça donne quelque chose d’assez agressif.

A la base, c’est un mot inuit, qu’on retrouve tel quel (ou presque) dans pas mal d’autres langues. On ne voulait pas spécialement d’un nom en Anglais, l’idée étant aussi de pouvoir le prononcer sans y mettre un accent foireux. Pour le côté « hivernal », et bien pourquoi pas, on vient de Picardie, donc ça semble approprié…

  1. Ce groupe, qu’est-ce qui vous a poussés à le former? Aviez-vous tous avant cela un parcours musical personnel?

On s’est formé avec le but de composer nos propres chansons et de pouvoir rapidement les jouer en concert, le style recherché étant à peu de choses près le même que l’on pratique aujourd’hui, c’est-à-dire un métal/hardcore qui mélange d’autres éléments allant du grind à des choses plus rock’n’roll.

Le projet de sortir des disques a suivi tout naturellement. On est les quatre mêmes personnes depuis le début mais avant ça on a eu des expériences musicales communes, séparées et croisées. Nico (guitare) et Guillaume (batterie) se connaissent depuis qu’ils sont adolescents, et avaient un groupe ensemble (notamment avec Vincent, guitariste et batteur de Presque Maudit et Marilyn Rambo, et Romain, batteur d’Headwar).

A l’époque ils étaient encore sur Abbeville. Puis chacun s’en est allé à d’autres projets (Nico a monté le duo Aïe Aïe Aïe avec Aurélien, guitariste de Marilyn Rambo et Presque Maudit, et Guillaume est parti une année à Valenciennes en école de musique pour se perfectionner à la batterie). Nico et Aurélien (chant) se sont rencontrés à l’époque de la fac, à Amiens, et jouaient souvent ensemble, sans pour autant définir de style particulier. Quand l’idée a émergé de monter un « vrai » groupe, ils ont appelé Guillaume, et alors il ne manquait plus qu’un bassiste. Je connais Aurélien depuis le lycée, à Saint-Quentin, mais on n’avait jamais fait de groupe ensemble. Il se trouve qu’il était le voisin du bassiste de mon premier groupe (Oral Defecation), donc ça nous est arrivé de taper le boeuf une ou deux fois. Je me rappelle qu’on s’échangeait des CD et des VHS de Will Haven, Sepultura, Deftones, Fear Factory…

On s’est retrouvé quelques années plus tard sur Amiens, et là il m’a appris qu’il cherchait un bassiste pour un nouveau projet. A l’époque je jouais déjà dans un autre groupe (Aker, pour lequel je partageais la compo avec Gab, qui monta plus tard The Sativa League), mais l’idée d’intégrer une formation dans laquelle je ne fasse que jouer de la basse m’a bien plu. Je suis venu à une répétition en octobre 2005, les gars avaient déjà quelques morceaux quasiment finis, on a mis tout ça en place, recomposé d’autres titres histoire d’avoir trente minutes de set, et cinq mois plus tard on faisait notre premier concert.

En gros, on a quasi tous commencé la musique à l’adolescence en mode autodidacte, en montant des groupes, puis à la vingtaine en composant des maquettes sur un 4 pistes en solitaire. Il n’y a que Guillaume qui a eu un instrument entre les mains assez jeune et qui a suivi des cours. Cependant, on a à peu près tous le même âge, on écoutait les mêmes trucs au collège/lycée, sans forcément tous se connaître, donc ça a été plutôt aisé lorsqu’on s’est retrouvé à quatre dans un local de répèt.

  1. A-t-il été nécessaire à ce moment de parvenir à un équilibre en termes d’influences, à une posture stylistique commune?

Comme je disais juste avant, on a été bercé par des groupes rock et métal des années 90 comme Nirvana, Pantera, Rage Against The Machine, Tool, Machine Head, Sonic Youth, Faith No More… Puis on est tous passé par une période néo-métal (les premiers Korn, Soulfly et autres System Of A Do…), cependant on a chacun des affinités avec d’autres styles (classic rock, rap, electro, death, thrash, pop, jazz, heavy-métal, expérimental, punk…).

Tout cela n’est pas forcément « lisible » dans notre musique, mais on ne peut pas nier que ça fait partie des influences inconscientes.

Néanmoins, le flash commun a été le hardcore un peu barré de groupes comme Converge, The Dillinger Escape Plan, Nostromo, Knut, Botch, Refused, Today Is The Day, Neurosis…

On s’est concentré là-dessus, avec pour objectif de faire un truc violent, efficace, mais également avec des influences plus math rock, le genre de tourneries un peu techniques à la Don Caballero ou Keelhaul.

Autant dire que ça fait un paquet d’influences, pas toujours évidentes à rendre cohérentes, mais on garde toujours à l’esprit de faire un truc bien lourd, parfois épileptique, avec une bonne dose de rock’n’roll et quelques passages plus ambiancés.

  1. Voyez-vous dans votre discographie déjà bien fournie une évolution palpable?

Depuis le début on se tient à cette ligne directrice, qui au fil des albums évolue lentement. On a changé quelques trucs au niveau du son et de la façon de gérer nos instruments. On a aussi digéré d’autres influences (on est assez fans de la scène stoner/slugde à la Torche, Kylesa, Kruger, Mastodon). Donc ça tend peut-être à quelque chose de plus gras et groovy. On cherche surtout à améliorer notre façon de composer, afin que ça soit plus « jouable » en live. Il y a quelques formules qu’on essaye de parfaire, comme par exemple l’alternance des blast beat avec des phases plus pesantes, ou encore l’intégration de mélodies dans des structures qui restent chaotiques. Mais on n’a jamais opéré de changement radical dans notre approche. C’est tout simplement parce qu’on se rend compte que dans le cadre d’Anorak, il y a des choses qui fonctionnent et d’autres non.

  1. Comment se sont faits les contacts, déterminants, s’agissant de l’élaboration (production, pochettes etc…) de vos différents disques?

On a commencé comme beaucoup de groupes en faisant un premier enregistrement « maison », avec les moyens du bord et l’aide de quelques potes, tout en faisant les choses un maximum par nous-mêmes.

Par exemple, les pochettes de la démo 4 titres et du EP ‘Faces Of Cruel Kids On Rotten Walls’ ont été faites par Nico. La tête de mort provient d’un objet qu’il avait chez lui, et l’arrière-plan c’est le papier peint de mon appart de l’époque. Pour celui-ci, on avait fait les prises et le mix chez les Marmottes à Pont-de-Metz, un collectif qui organisait pas mal de concerts dans leur baraque près d’Amiens. Clément qui était de passage à ce moment là, s’est occupé de nous faire un son bien cru et percutant, et on l’a sorti une première fois en CD gravé pour partir juste après en tournée avec le groupe Parpaing. On a réédité le disque un an plus tard (toujours en auto-production) avec quelques modifications alors qu’on enregistrait le premier album.

‘My Own Haze’, donc, a été produit au Walnut Groove Studio, à Amiens en 2008. C’était la première fois qu’on passait autant de temps en studio. Axel Wursthorn, qui est d’ailleurs un des membres fondateurs du groupe Carnival In Coal, nous a permis d’explorer de nouvelles choses au niveau des arrangements. On a ajouté pas mal de petits détails qui rendent l’album un peu particulier pour un disque de « hardcore ». Après ça n’a pas été sans mal; pour la batterie notamment, les prises ont du être faites rapidement et du coup il y a eu beaucoup d’éditing.

Au final, on a passé énormément de temps à faire des overdubs et au mixage, mais c’était très intéressant de voir comment on pouvait « sculpter » le son en studio. Avec le recul, c’est un disque bien produit mais qu’on peinait à rendre vraiment fidèle en live. Par la suite on a cherché à obtenir un résultat plus brut et massif. Pour la pochette, c’est Mamzelle Mamath, une graphiste amiénoise, qui s’est chargée de l’artwork. On a vraiment été emballé par son travail de précision. On a d’ailleurs poursuivi l’aventure sur le disque suivant.

Quant à sa sortie, My Own Haze a été  “bizarre”. Le label a sorti la version CD et nous on s’est occupé du vinyle. Thundering Records était très branché hard/heavy, du coup on s’est retrouvé parfois avec des chroniques complètement surréalistes ! Et on a galéré à trouver des dates pour défendre l’album…

Bref, après cette expérience, on a préféré opter pour des coprod avec des structures plus modestes et ciblées (Basement Apes, Swarm Of Nails, Maximum Douglas, Fuck a Duck). Pour le coup, c’est Nico qui s’est chargé d’harmoniser tout ça afin qu’on se retrouve dans un réseau plus adapté.

Le deuxième album ‘Sick’ a été enregistré et mixé au Boss Hog Studio, près de Béthune, par Clément Decrock, qui à l’époque jouait encore avec General Lee. Ca a été une révélation ! Le son qu’il nous a fait entrait vraiment en adéquation avec ce qu’on attendait. En particulier la basse-batterie, qui est très claire et puissante. Clément est intraitable, il ne laisse rien passer, et en même temps il sait instaurer un climat détendu avec les musiciens.

De plus, on a pu beaucoup plus s’isoler pendant la session, ce qui nous a permis d’être plus conscients de ce qu’on était en train d’enregistrer. On a envoyé le tout pour le mastering aux Etats-Unis, au New Alliance East, le studio qui fait notamment Converge, Cave In, Unsane, Doomriders…

Autant dire qu’on était hyper content du résultat ! D’ailleurs on a choisi la même formule de production pour le suivant, ‘Go Up In Smoke’. Les compositions sont un peu plus frontales, on a opté pour un son plus tranchant, plus axé sur les guitares. C’est à ce jour notre album le plus agressif. Par rapport aux conditions d’enregistrement, on est certes loin du ‘one shot’, mais il y a très peu de retouches. Les prises sont restées bien brutes. Pour l’artwork, c’est Seb François, qu’on a rencontré sur un concert dans les montagnes d’Aveyron, pas loin de Saint-Afrique, qui s’en est chargé. On lui a d’abord demandé si on pouvait utiliser un de ses dessins pour un t-shirt, puis on lui a demandé de s’occuper de l’album, en piochant dans une série de photomontages qu’il avait faite, représentant des enfants sans visages. L’image est assez décalée pour un disque de métal, mais on a apprécié le côté glauque, un peu vieille France, qui s’en dégageait. Et ça collait à l’atmosphère sombre de l’album.

  1. Pour en revenir au petit dernier, Go up in smoke, pensez-vous être parvenus à ce que vous souhaitiez initialement du point de vue du résultat final? Comment a-t-il été perçu par le public?

C’est difficile de se remettre dans le contexte dans lequel on était avant de sortir l’album, car une fois que c’est passé on n’a pas forcément envie de retourner en arrière. On a conscience qu’il est proche de Sick, car les conditions d’enregistrement sont assez similaires. Il y a eu la tentative de changer deux ou trois trucs, mais il fait figure de « suite logique ». Alors peut-être que certains trouveront cela prévisible…

Je pense que les compositions sont à la fois plus brutales et plus fluides, et mieux adaptées au live qu’on ne l’a jamais fait. Les gens sont peut-être moins surpris sur disque, si tant est qu’ils connaissent ce qu’on a fait auparavant. Par contre, en concert, sans mauvais jeu de mots, Go Up In Smoke semble mettre davantage le feu…

  1. Que vous a apporté votre dernière tournée, qui vous a vus partager la scène avec, notamment, Biohazard? Ces derniers « blastent » t-ils toujours autant sur scène en dépit de leur âge « mur »?

Alors oui on a eu l’honneur d’ouvrir pour Biohazard à Toulouse, grâce à Nico de l’asso Noiser (qui chante également dans les excellents Drawers). C’était une bien bonne soirée, on a rarement l’opportunité de jouer dans d’aussi grandes et belles salles, et les New Yorkais ont assuré. Je n’avais encore jamais eu l’occasion de les voir sur scène, pourtant j’ai beaucoup écouté leurs disques, donc c’était un putain de moment que d’entendre des titres comme ‘Punishment’ ou bien ‘Shades Of Grey’ en live.

Seul bémol, ils n’ont pas joué de titres de l’album ‘Mata Leao’, que j’aime beaucoup, et Evan Seinfeld, le chanteur-bassiste d’origine n’est plus de la partie.

Enfin passons, c’est le fan qui parle! Ca n’a pas occulté le fait que c’était un très bon concert, grosse ambiance et une pêche d’enfer.

Le reste de cette tournée était cool aussi, on a fait pas mal de dates dans le sud de la France, et c’était notre première en Italie, à Milan. On a eu de bons retours à Montpellier, à Marseille, en Lozère. Même si ce n’est qu’une dizaine de dates, il faut tenir le coup physiquement car on était juste tous les quatre, à conduire le camion, charger/décharger le matos, tenir le stand de merch, dormir parfois à l’arrache, et assurer le set tous les soirs dans des conditions techniques qui n’étaient pas toujours optimales pour tout le monde. Mais c’est une bonne fatigue, personnellement, j’adore ça. C’est stimulant et en plus ça permet de voyager pour pas cher !

  1. Je vous ai récemment vus jouer à la Briqueterie, à Amiens, pour un set une fois de plus percutant; le fait de jouer dans votre ville est-il pour vous particulier?

Oui c’est particulier, surtout maintenant car on y joue moins souvent que par le passé. On espère donc qu’il y ait un maximum de monde, ce qui n’est pas toujours évident pour le style qu’on pratique. Le public amiénois est bien rock’n’roll mais également exigeant. Les deux dernières dates étaient vraiment excellentes. Celle à la Briqueterie avec les Presque Maudit, qui sont en partie des vieux potes de Nico et Guillaume, était incroyable, et leur batteur, Robin, est un tueur. Locomotive a bien assuré aussi. La fois d’avant c’était à la Lune des Pirates, avec nos potes de Taman Shud et Infected Society, grosse soirée également. La salle était pleine à craquer, et il y avait un son et une ambiance de dingue.

Comme je te disais, on essaie de se faire plus rare dans le coin, d’autant plus que Nico vit à Reims depuis quelques temps déjà, donc c’est un peu moins facile du point de vue logistique.

9) Quels son vos projets actuels?

Pour la première fois depuis huit ans, on fait une « pause » au niveau de la composition. Disons qu’on se laisse le temps…

Sinon on cherche des dates pour les prochains mois, voire pour l’année prochaine. On voudrait trouver un tourneur, car si tu n’en as pas c’est parfois synonyme de refus immédiat pour les programmateurs de salles et de festivals.

Après chacun a d’autres projets. Aurélien chante dans Megodath, un groupe de reprises de Megadeth, Suicidal Tendencies, Slayer, Testament, qui comprend des membres de DSK et John Makay. Nico joue dans un groupe pop/folk nommé Feu Robertson, Guillaume fait de la batterie dans Eliza Jane, un groupe rock avec des ex-Headfish, et moi je suis sur des projets électroacoustique/expérimental, et je joue de la basse dans Lost Pagan, groupe hardcore à tendance sludge, qui vient de sortir un album et on est sur des projets de tournées.

Avec Anorak, on est toujours dans l’optique de défendre notre dernier album sur scène, et on pense aussi à réintégrer d’anciens morceaux à notre set.

Bandcamp Anorak