Fauve – Vieux frères – Partie 1

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Attendu, guetté, conspué, plébiscité surtout, Fauve fait partie de ces phénomènes dont on ne peut que reconnaître le savoir-faire, la singularité également tout en en soulignant les douteux points communs avec les “vétérans” d’une scène déjà datée mais encore bien representée. Que le collectif remet toutefois au goût du jour, et fait sienne, à grand renforts de textes fédérateurs, pansements efficients sur nos plaies mentales et sociétales. Le verbe prend en effet ici le pas, tout à la fois cru (Voyou, le titre introductif avec un featuring dispensable quoi qu’appréciable de Giorgio) et adroit, avec pour écrin une instrumentation finaude (Jeunesse talking blues) ou plus rugueuse (la fin de Requin-tigre, par exemple). Un juste équilibre entre les deux options étant ici atteint.
En s’appuyant sur un parlé-chanté dense, appelé à devenir sa marque de fabrique, allié à des paroles maintenant reconnaissables, Fauve fait mouche, semble définitivement, sur cet opus doté d’un joli clin d’oeil à la chanson à texte (un magnifique Infirmière), asseoir sa sincérité. Ce Vieux frères – Partie 1, premier volet d’un projet dont la seconde partie doit paraître à l’automne prochain, est de nature à convaincre les plus réfractaires. Cohérent et fort de titres significatifs (De ceux, bel et énième exemple d’une nécessaire auto-ironie en forme d’auto-médication, et qui plus est tourmenté, aux guitares et choeurs remarquables, puis un touchant Lettre à Zoé), il instaure aussi un instrumental finaud/noisy au chant samplé (Tunnel) lui aussi remarquable. Et quand Loterie met fin à ce premier long jet, légèrement zébré par des guitares subtiles ou plus “lo-fi”, aux touches “grossières” occasionnelles qui attireront le jeune en sus des textes de Quentin, force est de reconnaître la pertinence de l’essai. Représentatif malgré lui d’une société et des maux qu’elle génère, d’une génération élargie (15-30 voire plus) qui trouvera là un remède durable, plus fiable parfois que n’importe quelle thérapie “autre”. Entre rage, espoir incoercible et mainmise certaine sur un domaine de toute façon personnel, aussi ouvert qu’hermétique et, au delà de cela, générateur pour le coup d’un résultat sans failles.