Marianne Dissard – The cat.Not me

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Française exilée à Tucson, dont elle prit récemment congé, Marianne Dissard sort avec The cat.Not me son troisième album, exutoire à un mal être que ses mots empêchent de croître. 
Tourmenté donc, ledit opus se distingue justement par ses maux, la coloration qu’ils lui confèrent, et une troublante, et troublée, beauté. Le chant en Français domine, dénote quelque peu mais le savoir-faire de la Dame compense, de même qu’un verbe adroit et un univers, mi-homme/mi-animal, ingénieux. On s’ennuie un peu lorsque le ton se fait doucereux, trop chatoyant malgré un décor de choix (Salamandre, Oiseau), concocté entre autres par le multi-instrumentiste Sergio Mendoza. Mais quelques morceaux fiévreux comblent lalassitude (Heureusement sans heurt et ses cuivres vacillants, l’utilisation de l’Allemand aussi (Am letzen) mêlé au Français, aussi. On adhère quand Marianne ose, s’enhardit…trop peu mais de façon perceptible (Mouton bercail), quand son territoire s’assombrit (Je ne le savais pas), et on aimerait finalement la voir “décoller” un peu plus, instaurer au beau milieu de son élégance abîmée quelques zébrures de nature à réellement, en phase avec les sentiments exprimés, mettre à mal cette beauté aux airs de prudents atours.
Tortue, ensuite, en vient presque à cela et relance la machine de manière probante; c’est ce créneau, ce procédé qu’on aimerait voir creusé, et dans la foulée, un excellent et rock à souhait Election crédite à nouveau l’oeuvre de l’équipe, large (Marianne Dissard sait s’entourer) mobilisée pour le coup. Doll circa (terra) fait de même, avec ses humeurs changeantes et soudains sursauts. Puis on renoue avec une une trame soyeuse, puis plus enhardie, sur le terminal La partie de puzzle du jardin à la Française, orné par des samples, si je ne m’abuse, de dialogues de cinéma.
Bon ouvrage dans l’ensemble, mais à l’audace encore trop bridée, The cat.Not me souffle, à l’image du ressenti qu’il illustre, le chaud et le froid, mais mérite malgré cela l’écoute, fort d’une singularité installée et de quelques moments de grâce souillée de bon aloi.