Michel Cloup Duo – Minuit dans tes bras

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Tremble Fauve, tremble! LE Maître parmi LES Maîtres est de retour, bien décidé à réinvestir un territoire musical qui lui appartient, conjointement avec son complice Patrice Cartier et ses anciens collègues de Diabologum ou encore Expérience, et prêt à en découdre à l’aide de ce nouvel album aux sept titres qui, chacun à leur tour et dans une parfaite pertinence, te renverront à tes chères études.

Michel Cloup, puisque c’est de lui qu’il s’agit et avec l’appui, donc, de son fidèle batteur, présente Nous vieillirons ensemble, pour le moins attendu, qui très vite va vous pénétrer le cortex en démontrant d’une part une diversité dans les climats qu’on approuvera et, d’autre part, un recours plus systématique au “vrai” chant. Impétueux, sans rajouts ni concessions, son rock s’impose dès Minuit dans tes bras, allie sons de guitare fins et élans rudes, déballe une “tchache” sure de sa force et impose sa rugosité groovy (J’ai peur de nous). On trouvera plus loin l’habituel morceau de bravoure des acolytes (Minuit dans tes bras #2) , aux relents de Sonic Youth (entre autres références décelables ça et là, par bribes, et parfaitement ingurgitées) dans son bruitisme majestueux, aussi finaud que leste ou reptilien. On en dénombrait deux sur Notre silence, l’opus précédent; ici, le fait de s’en tenir à une seule pièce étendue permet au Duo de maintenir l’intérêt et aucun titre ne peut être dissocié d’un tout à la retenue qui, lorsqu’elle implose ou presque, atteint les cimes (Sortir boire et tomber).

Sauvage, le disque évoque, dans le verbe, une gamme large de ressentis liés au quotidien, accentués par des trames compactes et incoercibles, elles-mêmes émaillées de belles parties de grattes distordues ou plus mélodieuses. On se délecte d’une recette millésimée, porteuse et sans équivalent, même dans la quiétude du court Coma qui suit. Puis Ma vieille cicatrice, aux sautes d’humeur soudaines et à la fin jouissivement speedée, électrocute avec classe son auditoire, avisé et forcément de goût. Qui, après l’étiré Minuit dans tes bras #2 mentionné plus haut et enjolivé par la voix parlée de la comédienne Françoise Lebrun (celle-là même qui intervint sur le fameux monologue de Jean Eustache, “La maman et la putain”, mis en son par Diabologum sur son immense #3), voit Nous vieillirons ensemble, ultime morceau d’une réussite constante, lui charmer les écoutilles par son côté délié, détendu, en guise de conclusion apaisée d’un disque colossal.

Dans une lignée certes reconnaissable, mais délibérément singulière et personnelle et ce de longue date, en ayant de plus pour effet de remettre les pendules à l’heure et les imposteurs à leur triste rang.