Fauve, en collectif imprenable, fait chavirer l’Ouvre-Boite beauvaisien…

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Pour faire suite à LA FEMME et son concert dévastateur, l’équipe de l’Ouvre-Boite de Beauvais affichait depuis longtemps complet et pour cause puisque FAUVE, sorte de Diabologum actuel (le rapprochement plaide bien entendu en sa faveur) d’une mouvance (spoken-word/slam mêlés à une instrumentation pop et/ou rock) ayant l’avantage de ne compter encore que peu d’adeptes, y faisait escale. Avec comme première partie l’époustouflante Joya Hope, au registre electro-pop, pour situer de façon approximative, froid et déviant, sacrément attractif. La parisienne, ex-chanteuse encanaillée des Bitchee Bitchee ya ya ya, y allant d’une prestation plus que mémorable, basée sur une formule piano-moog-boite à rythmes-thérémine étonnamment productive. Sombre dans l’ornement musical et plus clair dans le chant, son univers spectaculaire captive les sens, enveloppe l’auditoire dans un halo tourmenté (Whales), reprend le Girls just want to have fun de Cindy Lauper de façon vaporeuse, géniale, et impose des sons, comme sur Insomnia, générateurs de climats dont on s’éprend.
Incroyable venue donc, que le set de cette charmante musicienne dont on espère déjà, à l’issue du spectacle vécu, qu’elle étendra ses sorties discographiques, un unique EP étant pour le moment disponible.
Compacte et très féminine, la foule, reconnaissante -on l’en félicitera car visiblement, elle a fait mieux que de ne voir en cette soirée que FAUVE-, ovationnera d’ailleurs à juste titre la Dame à sa sortie de scène, avant que n’arrive, donc, le FAUVE CORP, collectif multi-disciplinaire aussi vrai, authentique, que bénéficiaire d’un “buzz” qui attire les masses. Lesquelles, tout au moins en ce qui concerne ladite soirée isarienne, vont vivre un moment de l’ordre de l’unique ou presque, généré par un groupe qui, de manière personnelle et dans la modestie, évoque à la fois les poitevins de Microfilm pour la fausse quiétude de certains passages (l’amorce de l’énorme Blizzard) que Diabologum pour le phrasé et le verbe habile. A la croisée des genres, forts de titres d’ores et déjà fédérateurs braillés par une majorité de la foule (mesdemoiselles, vous êtes tout bonnement impressionnantes), FAUVE, dans le même mouvement pur et révolté, empreint d’un optimisme qui jaillit de l’amertume d’un regard jeté sur le quotidien, oeuvre à l’élaboration, déjà porteuse à souhait, d’un territoire sonore et stylistique qui fonctionne avant tout à l’humain. Et qui, fort de morceaux aussi marquants que Haut les choeurs, Blizzard, Cock Music smart music/rag #1, Nuits fauves ou Rub a dub, ou encore Saint Anne, joliment mesuré, et 4.000 îles, va rafler la mise sans contestation possible et plonger dans l’allégresse l’assistance du soir. Le tout sous l’impulsion d’un chanteur au charisme certain.
Avec, en sus, une attitude communicative, une gêne touchante face aux appareils qui les “pistent” et, au delà de ça, un talent qui laisse augurer, quand bien même le groupe est encore “jeune” sur le plan de l’existence (mais bien plus “vieux” du point de vue de la connaissance mutuelle entre ses membres, et plus encore du point de vue de la pertinence de sa démarche), d’investigations à venir probablement captivantes. 
Avec, comme parfaite illustration à l’avancée de FAUVE, ce gig de tout premier ordre, pratiquement aussi renversant que celui de LA FEMME quelques semaines auparavant.
Photos William Dumont.