L’extrémisme du Body/Head de Kim Gordon et Bill Nace au 106 de Rouen….

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Les affiches attirantes se succédant sans temps mort au 106, tant dans l’expérimentation que dans les genres plus “normés”, le Body/Head de…Kim Gordon de Sonic Youth -excusez du peu- était invité en ce jeudi de septembre à nous gratifier de ses stridences noisy, précédé par la superbe paire féminine que constitue Mensch et son rock cold fin et intense.


Mensch

Aucune hésitation donc au moment de “tracer la route”, pour d’emblée se plonger dans l’univers de Mensch (Vale Poher, expérimentée, au savoir-faire incontestable, et la froide beauté de Carine Di Vita à la basse, parfaite), qui débute par une reprise instrumentale appropriée du She’s lost control de Joy Division pour finir cet impeccable concert sur un nouveau morceau aussi fin qu’enlevé, nouveauté marquante ajoutée à un répertoire déjà de haute tenue. Le minimalisme et l’inspiration des filles s’avèrent décisifs et génèrent des compos singulières dont aucune ne dénote, entre lyrisme et froideur maitrisée et ce, selon un tempo élevé, souvent, ou plus nuancé.

Le niveau de Dance & die, récent EP du duo, et d’un album plus estimable encore est donc confirmé et amplifié live et la voie bien ouverte pour Body/Head, plus radical et exigeant, certes, mais au pouvoir de “capture” indéniable dès lors que l’on fournit l’effort, certes loin d’être aisé, de s’imprégner de sa démarche et de son carnet de chansons bruitistes et basées sur un procédé lui aussi minimal et décalé à l’extrême.


Body / Head

Quoi qu’il en soit, impossible de rester de marbre devant la classe dégagée par l’ex-compagne de Thurston Moore et le “voyage” unique, jusqu’au-boutiste, né de la prestation de Body/Head, entre guitares (les deux membres en jouent, à l’exclusivité totale d’un rythme reconnaissable; on adhère ou on décroche -ce sera d’ailleurs le cas de quelques spectateurs- le reste ne décollant par une seconde de ce spectacle captivant accentué par l’intensité du moment et ce morceau de légende qu’est Kim Gordon, magique) et chant qui évoque les premiers Sonic Youth, narratif et sans réel égal.

Ceci avant de quitter l’ancien hangar portuaire en joie, enchanté et déstabilisé, pour réaliser avec le recul qu’on vient de vivre là, une fois encore, un Rêve Eveillé (pour aboutir indirectement à Daydream Nation, album de référence qu’on pourrait rapprocher et de l’expression, et de la voie empruntée par la paire Gordon/Nace, en bien plus noisy encore).

Photos William Dumont.