Le génial Jeffrey Lewis et ses Junkyards au 106 de Rouen…

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Passé maitre dans la prise d’initiatives louables et décalées, le 106 de Rouen organise, du 11 mai au 10 juin, le No(w) Future (Musiques et Utopies). Concerts, tous gratuits et de taille sur le plan des groupes conviés, conférences sur des sujets musicaux et sociétaux s’y tiendront, assorties de rencontres et projections et des expos seront mises en place, le tout ayant débuté ce vendredi avec une Nuit du Gonzo déjà fournie.

Ce samedi, parallèlement à l’Humanophone Utopique Bal qui avait lieu dans la grande salle dans la cadre de la Soirée Vibrante, l’inratable Jeffrey Lewis était convié au club. En résidence au 106 pour l’occasion, le bientôt quadra New-Yorkais y fait étalage de ses multiples et abouties activités et ce soir, il y donnait un concert aussi singulier que passionnant puisqu’outre ses morceaux géniaux entre folk, rock et punk-rock, au carrefour des genres et époques, le bonhomme nous fera le plaisir d’une narration, assortie de l’exécution de morceaux significatifs du genre, de l’épopée punk. Le tout avec l’aide de projections sur lesquelles apparaitront par exemple le Velvet, Richard Hell ou les Stooges, pour faire court, suite à l’apparition de groupes plus “secrets” issus des early 60’s. L’évènement prenant en l’occurence des airs de concert-conférence absolument bluffant.

Bluffant, le personnage l’est et son set, captivant, est l’occasion d’une superbe embardée entre folk, rock/punk-rock, et lo-fi, selon un esprit délibérément “DIY”. Le groupe vendant lui-même sur un stand, à l’issue du concert, ses bd, t-shirts et albums pour un prix dont beaucoup devraient s’inspirer.

L’artiste a, sur son “‘Em are I“, invité entre autres Jay Mascis et des membres d’Herman Dune et outre le fait que ceci confirme son esprit résolument indé, l’imprenable qualité de ses morceaux, qui évoquent autant Sebadoh ou Dinosaur Jr que les Violent Femmes pour le côté “punk acoustique” qui parfois s’en dégage, ou comme il a été dit, un Dylan plus électrique, rend ses performances indispensables, à vivre toute affaire cessante. Il reprendra même Crass, jouant avec une guitare acoustique maison, truffé d’autocollants et dont la “dégaine” superbe rappelle directement l’ère hippie et la contestation intelligente, pensée. La contre-culture, aussi, cheval de bataille de Lewis dont le concert du soir s’achèvera sur un morceau extrait du Space Ducks de Daniel Johnston, recueil de comics dont Jeffrey est friand et dont Johnston, aussi singulier que “JL” lui-même, a en personne écrit la BO.

Temps fort d’un évènement qui semble d’ailleurs n’être fait que de ça, ce concert de Jeffrey Lewis, renversant, constitue l’une des preuves que le No(w) Future du 106, pluridisciplinaire, s’inscrit dans les immanquables de la saison, aux côtés des concerts à venir issus de la programmation usuelle du lieu.

Photos William Dumont.