Mein Sohn William – Mein Sohn William

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Dorien Taburet est rennais, ne s’impose aucune limite et abat seul le boulot en principe effectué par un groupe en entier. En ce sens, il rappelle le génial Chacha aka Stéphane Charasse, Boogers donc, pour ce sens créatif et une aptitude au collage que Mein Sohn William, le projet donc de ce breton fou, pousse plus en avant encore que le tourangeau.

De cette démarche résulte…un opus qu’on situera très certainement, à l’heure des inutiles bilans de fin d’année, aux places d’honneur tant son propos, court, assez long pour captiver constamment et assez bref pour ne pas lasser, se veut singulier  et passionnant. On est d’ailleurs bien en peine de classifier l’artiste, qui mêle folk, rock, cordes (Husband en ouverture, qui évoque le meilleur de…Wovenhand), fait dans le court et rythmé aux voix singulières (The quiet man) et enchaine avec un Until the end à la fois electro, expérimental, et entièrement obsédant avec ses sons fous et géniaux greffés à un rythme soutenu. La voix de Dorian, changeante, est elle aussi saisissante, amène un plus estimable et vient parfaire ce premier jet dont l’écoute, véritable expérience et vrai bonheur pour les amateurs de musique décalée, à l’esprit libre et décomplexé, constitue un superbe prélude à ses prestations live, qu’on imagine aisément dingues et uniques.

On continue avec Million thousand people, avec des voix tour à tour “chorale” et traficotées, puis à la limite du “normal”, sur une sorte de rock à la vigueur punky relevé par des gimmicks encore une fois primordiaux.
Ce sont d’ailleurs eux qui animent Carbonnade, cinquième réussite à la batterie assénée, au(x) chant(s) ici encore détournés mais jamais gratuitement, toujours de manière à surprendre et sans dénaturer.
C’est, soulignons-le, l’une des aptitudes les plus évidentes de MSW: imbriquer, oser, faire cohabiter des genres et rythmes disparates (The jazz hot, parfait exemple de variations rythmiques très justes) pour après cela retomber sur ses pieds.

On l’aime aussi quand il instaure des guitares menaçantes (Megawatt megawatt) alliées à une cadence ici aussi alerte et une trame noisy/expérimentale qu’on pourrait apparenter aux Liars.

On l’aime, de toute façon, sur toute la durée de ce premier jet présentant, l’instant d’après, des synthés volubiles (Our naked president) et un canevas psyché agité, rythmé, auquel les gambettes ne pourront résister tant il s’avère entrainant, en plus d’un certain impact sonique.

En fin de parcours, un second titre court, d’obédience…inconnue mais génialissime (Tcheque), puis un apaisé (en son début) et climatique Walk around, narratif dans le chant, enjolivé par des cordes puis plus appuyé, vient entériner la cohérence de l’oeuvre “pondue”, en variant les ambiances avec brio. Avec pour effet définitif de nous révéler un artiste qu’on peut déjà considérer comme l’un des plus doués et “inobéissants” de France et d’ailleurs.