Les bonnes perspectives normandes du Printemps de Bourges…

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Pour ses découvertes 2012, l’Antenne Haute Normandie  du printemps de Bourges avait logiquement choisi le 106 pour livrer en pâture au public normand ses cinq “trouvailles”, dont la plupart se sont avérées être de belles surprises.

L’Amicale dijonnaise pour un monde plus beau
La soirée avait pourtant débuté plus que timidement avec HH Company, lisse et largement perfectible, dont le hip-hop certes musical, relevé par un saxo, ne déplait pas forcément à l’écoute mais manque de consistance sur le plan scénique. Copie à revoir ou à optimiser donc, pour les gars de Saint Marcel, avant un changement de style, et d’attitude, radical avec Black King.

Soutenu par un parterre de fans jeunes et hautement enthousiastes, le groupe de rock hard 70’s a en effet emporté la mise grâce à une énergie de tous les instants, en dépit d’un accoutrement un peu “pompé” tout comme son registre. Mais Black King joue avec conviction et dispose d’une belle marge de manoeuvre, investissant d’ores et déjà la scène sans atermoiements et une maitrise qui ira, c’est une évidence, crescendo. Espoir certain, en tout cas, que ce combo aux défouraillages profitables.


Syntax Error

La soirée est donc lancée et suite à cette apparition furibarde, L’Amicale dijonnaise pour un monde plus beau et son savant mélange des genres à base de chanson à la fois génialement absurde et captivante s’impose comme une première réelle découverte à prendre en compte. A la fois furieuse et déjantée (Has been), partie d’un délire entre amis qui a finalement “pris”, la mixture du groupe s’avère unique et dépasse largement le cadre de la simple chanson, transfigurant le style avec panache, vigueur et classe verbale tordue et imagée (Le platane).
Sur les planches, le visuel est aussi attrayant..et contradictoire car au beau milieu de ce bazar prenant, c’est un homme…immobile qui attire le regard autant que ses congénères et se lâchera sur le superbe dernier morceau du show. Le rugueux et ironique Epitaphe, les vocaux samplés, l’alliance entre electro et rudesse pop-rock et la verve, imparable, de titres comme Je n’ai plus confiance en toi, le funky Lui, il défonce tout le monde ou le Gainsbourien Short en jean baby blues montrent un groupe à son avantage, qui se démarque du lot.

L’excellence musicale ne s’arrête pas pour autant puisque Syntax Error va nous balancer un rock groovy, élastique et massif, pas conventionnel et souvent rythmée, joué “compact” et qui porte en lui l’énergie hachée ou plus frontale d’un Fugazi ou les saccades tranchantes de The Ex. De Intro à How sensitive, leste et bourru, et en usant de voix décalées et de guitares versatiles, le trio dévoile à son tour un set de belle facture et un ribambelle d’excellents morceaux. En outre, la présence d’un quatrième élément qui délimite le territoire des musiciens à l’aide de ruban rouge et blanc, entre autres actions intrigantes, et prendra le micro sur un titre de fin, ajoute à l’attrait de ce concert étonnant, qui offre la découverte d’un sacré bon groupe.


Dead rock machine

Pour couronner le tout, le duo Dead rock machine et son electro-pop obsédante et ravageuse, tubesque, va conclure sur une note élevée, entre First doubt et le spatial There-alone, jouant remarquablement sur les tempos et les climats tout en privilégiant légèrement l’option cadencée mais bien dosée et jamais bêtement alerte. Chez Thierry Minot et Romain Pascal, créer des petits hymnes à la Naïve New Beaters ou Pony Pony Run Run, en compagnie desquels ils ont d’ailleurs partagé la scène, est de toute évidence aisé et naturel, et on se régale de cette enchainement de plages auxquelles il est difficile d’opposer un tant soit peu de résistance.

Idéale conclusion d’un moment de bonne augure quant à l’avancée de la scène normande, Dead Rock Machine et d’autres auront donc laissé entrevoir de larges possibilités, le tout dans une diversité qu’on ne peut que saluer et selon une qualité non moins louable.

Photos William Dumont.