Zëro – Hungry Dogs (in the backyard)

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En filiation directe avec Deity Guns et Bästard, auxquels on devrait d’ores et déjà ériger une statue aux abords de toute salle dédiée à ce rock hors du commun, le Zëro d’Eric Aldea avait déjà frappé un grand coup avec Juke box, toute première sortie, et Diesel dead machine en 2009. L’inusable inventivité du quartet y prolongeait merveilleusement les oeuvres desdits groupes, continuant ici dans cette même veine entre noise, éléments post (parfaitement rendus sur Trackin’ around), rock tendu et embardées krautrock “maison” (Speedball).

Ces exemples stylistiques ne sauraient cependant suffire à décrire et résumer Zëro qui, soucieux d’innover encore et encore dans un équilibre étonnant entre discipline et décontraction, définit les contours en perpétuelle mutation d’un univers dont le côté indéfini le rend absolument fascinant. On identifie Zëro, certes, mais jamais de façon définitive et de ce groupe, jamais on ne pourra dire qu’il se fige ou perd en inspiration. Sa remise en question, son refus catégorique de s’inscrire dans une ligne de conduite soumise donnent naissance à des réalisations singulières, ouvertes d’esprit et, comme ce Hungry Dogs (in the backyard), sans limites mais d’une extrême cohérence, entièrement indispensables.

Parfaitement digérées, les “influences” de Zëro deviennent méconnaissables au sein de cet opus entre colère sonique et apaisement, voix démentes puis plus distantes  et “conventionnelles”(First turns to last). On pourrait s’arrêter à chaque titre et en vanter tous les attraits, comme pour la sensualité saccadée et encanaillée de Cracker’s ballroom ou l’exaltant et entrainant Clown is a crowd, au brio sonique impressionnant, pour la première moitié de la rondelle.

Mais avec Zëro, un album se vit, s’écoute et se ressent, se dompte aussi, et on vibre au gré des chemins empruntés, soulignés, parfois, par un chant marqué et une cadence aux humeurs variables, à l’instar des atours soniques inhérents à l’ensemble (The trap). Et plus loin, les claviers savamment déglingués de Feast of freaks, entre autres composantes primordiales et enlacées avec instinct et maitrise, ou le climat sombre de Polly’s on the run, dépouillé, précèdent l’hymne final: Queen of pain.

Fonceur puis ouvertement plus calme, à la fois avenant et mordant, d’apparence tranquille mais sous-tendue par des sons obsédants, cette chanson sacre Zëro et ses trois sorties long-format tout en mettant un terme à un troisième épisode de génie, à acquérir en même temps que l’indispensable ressortie d’Acoustic machine de Bästard initiée par le même label.