Enablers – Blown Realms & Stalled Explosions

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Quatuor emmené par un Pete Simonelli aux allures de poète des bas-fonds, auquel se joignent trois musiciens ayant déjà sérieusement roulé leur bosse (Swans, Tarnation et j’en passse), Enablers sort son quatrième album, intitulé Blown Realms and Stalled Explosions et que le spoken-word de notre homme, captivant, songeur et déviant, anime en se liant avec l’instrumentation changeante de ses complices. Ces derniers peuvent broder des étoffes post-rock (No, not gently) qu’abiment des élans noisy et où les voix, rageusement associées, bifurquent dangereusement, ou faire dans le massif (Patton) sur fond de chant autoritaire puis plus “off”: au bout du compte, Enablers exhale une adresse qui lui permet le meilleur, et dose sa dualité impact sonore/relative douceur avec maestria.

Peu commune, la recette du groupe le met en avant et l’extirpe de la masse, Pete and Co rendant intéressant un post-rock que d’autres auraient fait sombrer dans une répétition ennuyeuse. A la fois intense et contemplatif, impulsif et apaisé, l’opus assied la réputation du groupe, qui joue plus que les climats et l’unité, et sur le développement d’une identité exempte d’influences avérées, que sur des formats déjà pratiqués.

Ce faisant, il n’en est que plus crédible encore, et nous arrose de morceaux construits avec le vécu et l’habileté qui sont les siens, tant dans ses plages dissonnantes (Rue Girardon) que sur ses atmosphères les plus lancinantes et insidieuses (Visitacion vallley), et peut ensuite se permettre une sortie dans un calme presque “normal” (A poem for heroes), pour signer un disque qu’on conseillera à tout amateur de musique a-normale et d’expérimentation mesurée.