Karkwa – Les chemins de verre

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Je ne connaissais rien de ce groupe québecois avant de recevoir son joli digipack, dont la liste de titres chantés dans la langue de Molière m’incita d’emblée à la méfiance, de même que la vague de commentaires enthousiastes lus ça et là.

A l’heure qu’il est, je me délecte de ce rock aux formes multiples, qui peut se faire tourmenté et doucereux dans le même temps, verbalement habile (Moi-léger), après une amorce que deux titres de haute volée, Le pyromane et L’acouphène, rendent absolument indispensable. Faits d’une pop-rock délicate et incisive, psyché et aérienne, truffés de sons bien trouvés, cadencé comme il se doit pour le second nommé, ils introduisent parfaitement ces bien nommés Chemins de verre, lesquels se montent ensuite sous un aspect plus folk à l’occasion de Marie tu pleures, d’abord dénudé puis nettement plus percutant sous l’impulsion d’une batterie percutante.

Karkwa s’autorise l’audace et, à l’intérieur du format pop-rock, innove et joue large sans y perdre en intérêt ou en cohérence. Ainsi, Le bon sens dévoile une acoustique chaleureuse qui, associée à des titres plus énervés, passe remarquablement bien et trouve facilement sa place et sa pertinence. Puis l’électrique et rythmé Les chemins de verre, renforcé par ses guitares rudes, entre électricité féroce et plans plus purs, s’ajoute ensuite, avec son beau break, à la liste, considérable, des réussites étincelantes signées Karkwa.

Surprenant, dans la maitrise parfaite de son sujet, le groupe livre après cela un morceau un peu moins emballant, Dors dans mon sang, mais doté d’un climat saisissant. Puis il renoue sur La piqûre avec une atmosphère orageuse, saccadée, de bon aloi. Le verbe fait mouche, l’étayage musical lui donne vie, le refrain fait le reste et on se retrouve à l’arrivée avec un titre de feu. Le groupe peut ensuite s’assagir -de façon relative- sur Les enfants de Beyrouth, qui rappelle Tiersen par son côté à la fois normé et azimuté: talentueux, d’esprit défricheur et novateur, il s’est définitivement imposé et passé le court Au dessus de la tête de Lilijune, la douceur vaporeuse de 28 jours, presque shoegaze, et celle moins chaotique de Le vrai bonheur peuvent clôturer dans la grâce un album assez bluffant, superbe surprise après celui de Mina May et ses embardées psyché-kraut de folie.