la Route du Rock (dimanche)

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Toutes les bonnes choses ont une fin, hélas. Heureusement, les mauvaises aussi ! La pluie laisse enfin les spectateurs tranquilles, et si patauger dans la boue figure encore au programme, c’est au Palais du Grand Large (dans Saint-Malo même) que je me rends pour entamer la journée. Trop tard pour Chelsea Wolfe, j’arrive pour Josh T Pearson

J’ai été séduit par l’album du grand barbu, “Last of the Country Gentlemen“, paru cette année. Et lors de cette prestation dans le cadre cosy de l’auditorium, j’ai retrouvé ce que j’avais apprécié sur le disque. C’est ce mélange entre un folk ultra-dépouillé, une voix qui ne tient qu’à un fil, poussée dans un souffle, et cette atmosphère qu’instaure le Texan qui me séduit encore aujourd’hui. C’est juste beau, c’est presque mystique aussi : intense, Josh T Pearson se donne corps et âme à ses chansons, lentes, désespérées mais au bout desquelles pointe un trait de lumière, qui fait que j’y crois, que je me suis, une fois de plus, laissé prendre. Il quitte la scène dans un murmure, avec un geste qui traduit une fatigue extrême. Il revient, rejoue, repart. C’était beau.

Pas forcément un cadeau de passer après une telle prestation ? Visiblement, cela n’a pas fait peur à Other Lives. Et le groupe américain, cinq jeunes gens, m’a fait très très forte impression. Très doués mélodiquement, mais aussi instrumentalement, leur musique (un peu trop forte, soyons honnêtes, mais était-ce leur faute ?) est à la croisée du folk, du slowcore et de l’ambient, mais fait preuve d’une ambition réelle. Le groupe ne geint pas, le quintet au contraire donne du coeur, de l’émotion et de l’ambition à ses chansons, si belles, si intenses, si prenantes. Jamais à court d’idées (une dizaine d’instruments passent entre les mains des cinq jeunes gens), le set passe vite. Et le stand merchandising, où se trouve leur dernier album, “Tamer Animals” est pris d’assaut : normal, c’était brillant !

Le retour sur le site du Fort de Saint-Père s’effectue pour Okkervil River (le groupe loupé du jour est Here We Go Magic), le groupe mené par Will Sheff. J’avoue ma relative méconnaissance du groupe, je vais donc juger d’un oeil novice cette prestation, qui m’a plutôt séduite. Pop aussi élégante qu’enlevée, la musique du groupe n’évite pas quelques trous d’air, mais la courte durée du set a maintenu le niveau moyen plutôt haut. Le leader est visiblement heureux d’être là et il le montre allègrement au public. Quelques petites pépites pop dans le set (“Wake and Be Fine”, “Lost Coastlines”, “A Girl in Port”) et le tout passe bien, sous un franc soleil.

La nuit est presque tombée pour de bon quand Cat’s Eyes prend possession de la scène. Il s’agit du groupe qui s’est créé autour de Faris Badwan (leader de The Horrors) et sa compagne, la soprano Rachel Zeffira. Le tout sonne merveilleusement bien : talent de composition qui ne néglige pas des mélodies nerveuses mais toujours soignées, quand elles ne sont pas un velours pour la voix de la jeune femme. Lorsque le jeune Anglais chante, le groupe prend une direction plus rêche, plus violente et cold wave. Les deux versants du groupe s’équilibrent bien, même si le jeune homme se met un peu plus en avant que Rachel. Mais peu importe : émouvants, parfois même captivants, les yeux du chat m’ont capturé, séduit et relâché les sens agréablement émoustillés.

J’ai du coup espéré que cet état somme toute très agréable se prolongerait à l’écoute des Fleet Foxes. Hélas… ce ne fut pas tout à fait le cas. Au chapitre des griefs : un son fouilli, où les graves écrasaient tout sur leur passage. Mais aussi, et là, ni l’ingénieur du son ni l’organisation n’y pouvait rien : les gros boulets à côté de nous nous ont littéralement pourri le concert (je mets nous pour signaler l’avis partagé par mes compagnons). Franchement, quand on est bourrés, on n’a rien d’autre à faire qu’à gueuler dans la foule super fort, dans le but avoué de faire ch*** les gens présents ? J’ai quand même réussi à retenir que le groupe est quand même plus à l’aise sur les chansons de son premier et superbe album, que “Mykonos“, “White Winter Hymnal” ou encore “Ragged Wood” sont toujours de grande chansons, que “Grown Ocean” et “Helplessness Blues” resteront un moment dans les futures setlists, et que le groupe avait visiblement plaisir à être présent. Au final, une envie subsiste, celle de voir le groupe dans des conditions optimales, du style une belle salle de l’agglomération bordelaise. Je sais que chez certaines ici à Muzzart, ça ferait très plaisir :).

Crocodiles, eux, sont déjà passés plusieurs fois. Et si j’avais eu du mal avec leur disque, pas dépourvu de qualités mais qui laissait poindre une tendance à la pose outrancière. Et ça s’est vérifié, un peu trop d’ailleurs. Rien de franchement raté : pas de catastrophe réelle, mais des musiciens visiblement éméchés, qui se regardaient allègrement jouer entre deux gorgées de whisky, mais se gardaient bien d’établir un lien avec un public déjà acquis. Mais sur moi, ce genre de numéro de clown rock’n’roll qui se veut provocant (mais qui n’est au final qu’une resucée peu convaincante des maîtres du genre) ne prend pas. Les chansons sont là, mais elles mériteraient surtout des musiciens qui leur donnent un plus que des attitudes de “rockstar” prétentieuse. Dommage.

Je quitte donc le site, ne partageant pas l’attente générale autour de Dan Deacon (il paraît que c’était intense), et trop fatigué pour attendre Mondkopf. Je garde néanmoins un très bon souvenir de cette première Route du Rock : plein de gens sympas croisés (de chez Talitres, Vicious Circle ou encore Animal Factory), une ambiance générale bonne et une programmation très majoritairement satisfaisante. A l’année prochaine !