La Route du Rock (samedi)

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La pluie. Voilà, on en manque dans notre région, ils le disent à la télévision. Alors quand il a commencé à pleuvoir alors que je déambulais dans la cité malouine, je me disais que ça rattrapait les précipitations auxquelles j’avais échappées. Malheur. Cela a commencé doucement. Mais sûrement. Une grosse soirée sous un crachin épais sans interruption, mais aussi une belle soirée de concert. Récit…

Le temps de repasser à la tente chercher les bottes et le poncho, je loupe la dream pop de Still Corners. Pour cause, je profite un peu de l’abri du stand de nourriture pas loin. Mais il va bien falloir sortir : voilà que Low s’avance sur scène. Et le groupe vaut les gouttes, oh oui. Tout en majesté, le quatuor a une façon d’être là sans s’imposer brutalement : c’est délicat, intense et captivant. Du dernier et superbe album, je retiens les superbes “Nothing But Heart” et “Especially Me“, poignants et sur lesquels Mimi Parker et son guitariste de mari Alan Sparhawk forment un duo vocal plein de charme. Et comme ils ont aussi joué “Canada” ou “Sunflower“, que l’ambiance sereine s’accordait à merveille avec le temps, je suis sorti un peu plus qu’heureux du concert, d’une petite heure de bonheur. Magnifique, des souvenirs plein la tête quand je me dirige vers l’abri de fortune qu’est le stand de nourriture…

Une demi-heure, ça ne suffit pas pour sécher, mais ça fait du bien au mental. Oh que oui, mais il est temps de repartir braver la boue et les éléments pour voir Cults. Ils sont mignons, eux. Le début fait un peu peur : “Abducted” est clairement ratée… Heureusement, le groupe donne vite un coup de barre et se remet dans le sens de la marche. Le duo, accompagné de musiciens additionnels, retrouve la beauté évident de ses mélodies : “Go Outside” ou “Oh My God” font partie d’un chapelet de superbes tubes réels, pleins de charme, moelleux, qui réconfortent le public sous ses vêtements de pluie. Madeline Folin et Brian Oblivion sont de charmants entertainers, faisant preuve d’une gentillesse sincère, tout comme d’un côté naïf qui finit par faire oublier le départ à contretemps pour séduire, le temps d’une prestation charmante.

Le contraste avec Blonde Redhead qui joue après n’en est que plus fort. Le trio (qui compense l’absence d’un bassiste par des boucles un peu trop présentes) a pour lui un charme glacé. Kazu, au chant, a un petit côté flippant en montrant ses fêlures, au travers d’un chant possédé, d’une démarche à la fois sensuelle et instable. Les mélodies ont aussi en elles ce charme vénéneux, entre rythmiques sèches et coups de griffe. Tout ça ne me laisse pas indifférent (même si je me dis que je ne ferais pas de Kazu ma baby-sitter), malgré quelques coups de mou dans le set. Je termine conquis dans l’ensemble, passablement trempé aussi. Je traverse une fois de plus les rivières qui apparaissent sur le site détrempé, puis reviens quelques minutes plus tard : The Kills est annoncé sur scène…

Le duo est visiblement attendu, si on en juge par l’excitation qui parcourt la foule. Jamie Hince (oui, le mari de Kate Moss, si vous voulez mieux situer le bonhomme à un(e) novice de l’indie-rock) et Alison Mosshart ont l’air en pleine forme, toujours aussi complices et complémentaires sur scène. Je dois reconnaître, pour les avoir vus déjà deux fois en live avant cette date, que le duo tourne un chouia à la formule. Rien à redire sur la setlist ou presque (l’absence de “Cheap and Cheerful” m’a déçu, mais le set était court). Il y a eu “Kissy Kissy“, “Fried My Little Brains“, “URA Fever“, “The Last Goodbye“, “Satellite” ou encore “DNA“, bref, du tout bon… Mais. Il y a un mais, peut-être (surtout ?) personnel : je trouve que le groupe, pour bon et performant qu’il est, n’arrive plus vraiment à se renouveler, ni dans son jeu de scène (on connaît la façon qu’a l’Américaine d’arpenter la scène), Jamie Hince est de son côté un peu limité dans son jeu, du coup, ça donne l’impression d’un groupe à qui il manque une opportunité de rebond. Mais ça, seul le futur nous le dira : ce samedi soir (ok, dimanche matin…), The Kills a fait du The Kills, bien, sans vraiment de génie, mais avec du coeur et de la conviction.

Ah, et bonne nouvelle : il a arrêté de pleuvoir ! Hélas, je suis : rincé physiquement, au sens propre mais aussi au sens figuré, et inquiet pour ma tente. Et comme je n’ai pas vraiment de passion particulière pour Battles, j’abandonne le site, très content de cette belle soirée de concerts, pour aller vérifier l’étanchéité de la tente qui nous abrite, ma compagne et moi…