la Route du Rock (vendredi)

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Il était temps. Plus de vingt ans pour la Route du Rock, et je n’avais encore jamais mis les pieds au Fort Saint-Père. Il était donc plus que temps d’aller voir de quoi il retournait à ce festival dont la programmation fait très souvent (toujours ?) rimer exigence avec bon goût. Me voilà partie en excellent compagnie, nous sommes quatre dans la voiture, on a des bottes (ça servira), une tente (pour moi et ma compagne), des ponchos et la forme lorsque l’on arrive enfin sur le parking, encore peu rempli. Youpi, c’est l’heure !

L’heure de quoi ? Non, pas de la rentrée des classes ! Mais de pénétrer enfin dans ce haut lieu (oui, j’ai hélas loupé ce cher Botibol, qui a, j’en suis sûr, fait une belle prestation). Petit problème, l’entrée est complètement bouchée, pour cause de… bon, on va dire que ce sont les embouteillages qui contribuent au charme des vacances. Du coup, quand je rentre, j’entends des basses. Oh oui, plein de basses, mais ce n’est pas du dub ou quoi. Non, c’est Anika et un son mal réglé, hélas, qui dessert la poupée glacée 2.0. Zut alors.

Ce n’est qu’une entrée en matière. Parce qu’après, il y a Sebadoh qui doit jouer. Et là, c’était très bon. Vraiment le style de musique qui me donne envie d’investir dans une guitare, une chemise à carreaux (ah ben tiens, c’est déjà fait) et euh… monter un groupe. Malgré quelques solos (soli pour les puristes latinistes) un peu surchargés, les mélodies accrochent, ça donne la forme, c’est vraiment le départ idéal pour lancer comme il se doit la Route du Rock, avec justement cette pop (très rock) lo-fi et catchy.

Puis comme c’est vendredi, qu’il fait beau et que je suis plein d’entrain, je fais dans le cliché goûtu : galette-saucisse plus cidre. Miam, de quoi prendre des forces avant le moment que semblent attendre beaucoup de gens : le retour d’Electrelane. Et elles sont bien là, celles que le petit monde de l’indie-rock attendait depuis leur retrait en 2007. Et c’était bien, oh oui. Certes, pour moi qui ne connaissais pas l’œuvre des Anglaises, j’ai trouvé ça froid. Puis le charme incontestable de la musique des quatre jeunes femmes a fait son effet : claviers puissants mais subtils, guitares acérées au service de mélodies glacées et entraînantes, batterie de métronome, tout est en place. Peut-être un peu trop, puisque j’ai senti poindre une pointe de répétition au bout d’un moment, mais la prestation d’ensemble, l’enthousiasme du groupe et la nuit qui tombe finissent de donner une touche très positive au concert.

La routine des festivals s’installe : pause, attente, groupe. Qui c’est qui joue ? Mogwai ! Bon, chouette alors. Enfin, je prends ça comme une opportunité pour le groupe écossais de faire passer le souvenir d’un concert bordelais au printemps, un peu en deçà du potentiel du groupe. Et ils ont été bons, réellement ! Je fais partie de ceux qui apprécient le dernier album, et la construction de la setlist m’a vraiment plu du coup. Et les nouveaux classiques (“San Pedro“, “How to Be a Werewolf“) sont bien à leur place à côté de “Mogwai Fear Satan” (une fois de plus magnifique et surpuissant) ou “I’m Jim Morrisson, I’m Dead“. Le groupe a encore des choses à dire, le fait bien, le fait fort. Mogwai est pour moi encore une vraie référence.

Un groupe qui pourrait bien en devenir une dans le futur, c’est bien Suuns. groupe de Montréal, ces valeureux Québécois ont une telle présence, un tel univers que leur renommée ne peut aller qu’en s’accroissant. Si le chant me laisse un peu froid, il n’y a rien à redire sur la puissance des rythmiques, qui font entrer en collision post-rock, musique tribale et transe, donnant au final un groupe insaisissable, dont la musique inquiète parfois, prend aux tripes aussi, et au final a un charme indiscutable. Une belle idée de les avoir fait jouer, et ils ont rendu cette confiance (ils ont déjà joué pour l’édition d’hiver de la Route du Rock) au centuple.

Il est sûrement dommage que les forces m’aient lâché alors que j’avais l’opportunité de voir Aphex Twin, mais voyage et réveil matinal ont eu raison de mon énergie. c’est du camping que j’entendrai (à peine) le mix de l’Irlandais.