Brian Eno (and the Words of Rick Holland) – Drums between the bells

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On ne présente plus Warp, label aux productions toutes “autres”, liées à des genres souvent exigeants mais, à l’arrivée, dignes d’un bel intérêt, ni ce “vieux briscard” de Brian Eno, auteur, pour résumer, d’oeuvres majeures avec Roxy Music et en solo (plus que conseillé, le formidable Music for airports).

Ici, Eno travaille pour la seconde fois avec Rick Holland, la mise en commun ayant débuté…en 2003 pour que nous puissions en entendre le rendu en ce moment-même. Les collaborations sont nombreuses et (toutes) probantes, de même que l’ensemble, climatique et très prenant, aux vêtures sonores plurielles et admirablement pensées. Le duo expérimente avec maestria, crée des ambiances uniques, dont il a le secret, recourant à des voix off ou narratives entièrement adaptées (Fierce aisles of light qui mêle les organes vocaux de Holland, Eno, Nick Robertson et Anastasia Afonina et impose une trame sombre presque indus), à l’image aussi de Bless this space, superbe electro-dub psyché, haut perché, que Brian “illumine” de son chant songeur. Suit une electro qui envoie Radiohead et ses geignements dans les cordes (Glitch) et démontre que sur ce terrain, aidé par Grazyna Goworek, le bonhomme dame le pion à quiconque prétend le dominer. Doté d’élans rock, ce titre envoûte, comme l’intégralité de Drums between the bells, avant que des trames plus apaisées, mais nullement convenues, ne se fassent entendre sur Dreambirds, où intervient Caroline Wildi, et Pour it out, chanté, lui, par Laura Spagnuolo.

On se rend compte que quel que soit la texture mise en place, le brumeux Seedpods complétant le triptyque sans dévoiler la moindre anicroche, le rendu étincèle. Sur les seize titres livrés, même les longs formats tel The real (magnifique intervention, à nouveau, signée cette fois Elisha Mudly) attirent l’attention de façon durable et instaurent une recette singulière, spatiale et posée, que vient ensuite contrebalancer un The airman un peu plus troublé, chanté par Aylie Cooke. La force du disque réside dans ses climats, troubles ou faussement apaisés, parfois clairs mais souvent vaporeux, célestes, et irrémédiablement captivants. Et après le Fierce aisles of lights cité plus haut, se présente…la seule réalisation négligeable de l’opus, le trop court As if your eyes were partly closed. La marche en avant reprend à l’occasion de A title, Caroline Wildi étant derechef à l’honneur pour une plage aux bruitages ingénieux, aussi claire que souillée, nuageuse et rythmée par une cadence à la fois très présente et effacée.

On aborde alors le dernier tiers de ce chef d’oeuvre et Sounds aliens, à l’electro-rock massive, puissante et groovy, bardé de guitares détournées magistrales, l’amorce en apportant, outre sa qualité conséquente, un plus à un tableau sonore déjà foisonnant. Puis Dow, Eno s’accaparant le chant, offre une sorte de dub hybride dont le vétéran a le secret, orné lui aussi de sons ingénieux. L’album se vit, se ressent autant qu’il s’écoute et l’instant d’après, Aylie Cooke se distingue sur Multimedia, à la trame hip-hop qu’enjolive un décor inédit, intense, aussi “indirectement rock” que singulier, inclassable. Cloud 4 calme le jeu et replace Eno au chant, avant un quinzième morceau constitué…de silence.

Enfin, Breath of crows, sobre, dénudé, conclut merveilleusement une énième oeuvre indispensable de Brian Eno, qui se charge d’ailleurs lui-même du chant terminal, dans cette ambiance à la fois sombre et lumineuse, simple et expérimentale. Superbe album et expérience unique, à classer parmi les “inratables” et de l’artiste, et du label concerné.