Miranda – Growing heads above the roof

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Certains labels ou boites de promo ont le don de dénicher des artistes aux productions “a-normales”, génialement décalées, à l’expérimentation juste. C’est le cas par exemple de 5ive Roses, drivé par le batteur de Chevreuil, Julien Fernandez, qui promeut ce trio nommé Miranda, issu d’Italie et pratiquant une no-wave aux teintes variées.

Fort d’un parcours déjà fourni, Miranda a trouvé le juste dosage dans sa folie créative, et passionne lorsqu’il se fait loufoquement psyché (Red hat block), ou instaure une touche jazzy groovy elle aussi complètement dérangée (Furry guys looking for a flat girl). On pense aux Butthole Surfers pour cette capacité à mêler propos moqueur et déjanté, cheminement instinctif et maitrisé à la fois et ornement constamment avenant, et le simple rythme de synthé de Blow off, entêtant, suffit à nous mettre sur la bonne voie. On se trouve là entre psychédélisme agité du bocal et rock saccadé, superbement cadencé par une rythmique imprenable, et doté, bien sur, de voix folles et ajustées. Il y a ici, également, un côté tribal captivant, et la juxtaposition de phrasés musicaux disparates prend sans tarder, Honk honk (the way we grew with comics) et ses bruitages grinçants, de même que ces claviers cosmiques et obsédants, faisant lui aussi preuve d’une sacrée originalité. De touches noisy en pulsations electro, en passant par des plans aériens remuants, on a là de quoi satisfaire son envie la plus pressante de sons singuliers et d’ambiances inédites. Le lancinant …from the left side of my ass/head, planant mais tourmenté, nous confortera dans notre démarche, tout comme le hip-hop (dans le tempo) déstructuré, aux embardées rock noisy irrésistibles, de Head growing.

Rien n’est à négliger, l’essai parfaitement abouti, et la subtile sauvagerie de I’m your guido, truffé de sons de guitare et de synthés imaginatifs, ou d’un Peep show, I got you débridé, alerte et saccadé dans le même élan, complètent l’album dans des écarts sonores qu’on validera forcément. Place ensuite à Got a camper in my head, partagé entre plages tribales spatiales et ouvertures noisy imparables, puis, après les deux titres décrits quelques lignes plus haut, et pour finir, à Head off.

La trame fine, dans le chant, de ce titre, et son contenu au hip-hop digne de Dälek, sombre, haché et déviant, met fin à un opus brillant, qui échappe à tout schéma formaté et s’impose comme l’une des plus belles “découvertes” italiennes de l’année.