The Raveonettes au Grand Mix, l’enchantement noisy-pop…

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Lieu recommandable, le Grand Mix tourquennois accueillait en ce vendredi, en final d’une programmation consistante, les Raveonettes et leur pop tantôt 60’s tantôt noisy, ou mêlant les deux avec panache. En première partie, Cotton Club était prévu et si -la faute entre autres à un départ tardif d’une ville amienoise dont il est parfois difficile de s’extirper-, nous les avons pour le coup ratés, il va de soi que la qualité de la formation lilloise fait qu’à l’avenir, nous serons présents pour apprécier comme il se doit ses qualités scéniques.

Le temps de s’installer devant un micro qui s’avèrera être celui de Sharin, et d’apprécier de nouveau le Grand Mix, accueillant et doté d’un certain cachet, les danois débarquent après l’immanquable changement de plateau, débutant, dans un flou qui sied à merveille à leur registre noisy, un set qui marquera son monde. De Recharge & revolt à un ultime et second rappel tenant en un Aly walk with me magistral, massif et marqué par une cadence plombée, le quartet scandinave enchante la salle et nous régale d’une grosse quinzaine de titres oscillant entre instants sucrés et lézardes soniques jouissives du plus bel effet. Entre le charme froid de Sharin et l’attitude distanciée mais captivante et reconnaissante de Sun Rose Wagner, auxquels s’adjoignent deux membres qui tiennent tour à tour la batterie (parfois de pair, assurant de ce fait un rythme marqué très appréciable) ou les guitares, les Raveonettes font preuve de cohérence, le duo fondateur démontrant une belle cohésion et une complicité glacée elle aussi marquante, et font usage d’un répertoire irréprochable. On y trouve, pour faire court, Dead sound, Lust ou Noisy summer, et l’imparable Attack of the ghost riders, ou Love in a trashcan. Et ces morceaux, aussi charmeurs qu’insoumis et soniquement changeants, entre élégance pop et souillures d’un crachin de guitares jouissif, celles-ci livrant bien entendu de façon régulière des riffs décisifs, émerveillent et mettent en branle une salle copieusement garnie.

My time’s up, posé, magnifique, précédera les deux rappels et accentuera, tout comme The love gang ou Summer moon, le côté pop enjôleur du groupe, dont les morceaux issus de Raven in the grave, le “petit dernier”, font mieux que tenir la route dans les conditions du live. On pense aux Mary Chain dans le son, dans l’attitude aussi, et le groupe assure un bel équilibre dans le choix des morceaux joués, de même que dans les ambiances qui en émanent. De ce Recharge & revolt aux effluves shoegaze enivrantes, donc, que suit War in heaven, à la pop-rock sombre, magnifié par la voix de Sharin, en passant par Let me on out, lancinant, jusqu’au tempo saccadé de Forget that you’re young, les Raveonettes montrent que le temps n’a aucune prise sur la valeur de leur discographie, qui fait ses preuves sans faiblir sur support disque et plus encore sur les planches, et consacre les évidentes vertus de Raven in the grave ainsi que, dans le même élan, la fiabilité et la tenue scénique affirmée de la paire originelle et de ses deux complices. Le ravageur Ignite complète l’ouvrage avec force guitares noisy et basses charnues, sur un tempo élevé, et on se retrouve, au final, conquis par la prestation des géniteurs de Whip it on ou Chain gang of love ou encore Lust lust lust, entre autres albums de choix issus de leur parcours.

Un concert de choix donc, à l’image d’un Evil seeds lui aussi remarquable, à mettre à l’actif des Raveonettes et qui viendra s’ajouter à un programme “made in Grand Mix” constamment attrayant, dont c’était par ailleurs, ce vendredi de juin, la “der” avant une rentrée qui, à coup sur, offrira un menu tout aussi intéressant.

Photos Céline C.Dumini.