K’s Choice (+Parade); balade(s) au bout de l’ennui, émaillée de brèves lueurs.

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La soirée était pourtant attrayante, incluant un groupe local en devenir, Parade, et un groupe sur le retour; les anversois de K’s Choice, auteurs notamment d’un Paradise in me de belle facture en 95.

C’est donc entre autres avec la nostalgie de cet album, et dans l’espoir de voir un groupe ayant gardé intacte sa vigueur rock, avec la perspective, aussi, de découvrir un groupe rouennais intéressant, que j’investis de nouveau la place forte normande qu’est le 106. J’y tombe sur une file d’attente déjà garnie, qui me rappelle Aaron et me donne soudainement quelques doutes sur le contenu à venir.



Parade

Qu’à cela ne tienne, mon espoir reste intact et me voilà au premier rang, à côté d’un équipe de fans à peine intéressés par Parade, qui joue pourtant un rock certes perfectible, à l’identité, pour l’heure, hésitante, mais dont les pointes rageuses, alliées à la mélancolie pop qui émane parfois du chant, laisse entrevoir de belles possibilités. Bonne idée que celle de l’équipe du 106 de donner sa chance à un tel groupe, apprécié d’ailleurs par une poignée de personnes au sein d’un public qui sera plus fourni à l’arrivée de Sarah Bettens et ses cinq musiciens. La rudesse de Five parts, les brisures de rythmes régulières et bien amenées du quatuor emmené par Aurélie A, son chant doucereux ou enragé, la finesse bourrue de Hit the ground (on pense sur ce titre à Veruca Salt ou aux Breeders) procurent de bien agréables moments et révèlent une formation qu’il convient de soutenir et dont il importe de saluer la recherche stylistique, déjà en bonne voie bien que non-achevée. Entre pop, noise et noisy, le tout imbriqué avec justesse, Parade dévoile de beaux atouts et prouve qu’à l’avenir, il faudra, très certainement, compter avec son alchimie originale.



Parade

Bon moment donc que cette première partie locale, qui laisse à penser que la suite prolongera le plaisir.


K’s Choice

La disposition scénique, de toute évidence préparée pour un set folk, insinue pourtant le doute de façon plus affirmée, quand bien même les fans de K’s Choice, d’ores et déjà conquis, se manifestent par à-coups avec enthousiasme, la fratrie Bettens et le reste apparaissant sous leurs acclamations. Et nous voilà partis pour un premier set folk qui donne l’impression d’entendre cinq ou six fois le même morceau, d’assister à la prestation d’un groupe folk sagement assis et jouant des morceaux lisses et sages à l’exception d’un ou deux comportant plus d’  “aspérités”, si je puis dire. C’est certes beau à entendre, pour qui aime ce créneau poli et dénué d’audace, mais l’ennui s’installe et on aimerait que le groupe ose, qu’il quitte la voie convenue d’une attitude assagie.
Ca joue à la note près, on change de guitare (l’arsenal de six-cordes visible sur le côté de la scène laissait pourtant présager une pluralité d’ambiances plus prégnante) sans que le climat ne varie, et finalement, on est presque soulagé d’entendre Sarah annoncer qu’a près la pause (…), “on poussera les chaises et on fera du rock’n’roll”.

K’s Choice

Le fol espoir d’entendre Mr freeze, Paradise in me, Cocoon crash, Hide ou encore Iron flower, les titres surement les plus rageurs et énervés du sextet, refait alors surface. Mais en guise de rock’n’roll, c’est surtout l’option pop qui prévaudra, ce second volet débutant pourtant par une chanson rageuse, en trompe l’oreille vu la suite qui y est donnée. En de trop rares occasions, le son et les compos décollent, se déparent d’atours retenus. Les nombreux inconditionnels adhèrent, bien sur, et crient pour certains leur joie, mais le set est lisse et sans âme. Joué par un groupe propre sur lui, il exhale logiquement des sonorités propres, et K’s Choice…emporte la mise à l’aide de la multitude de “tubes dociles” joués. Le point d’orgue tenant en ce Not an addict (belle chanson, tout de même) dont la pseudo intensité ne sera pas même “bousculée” par les titres cités plus haut. Le groupe privilégie la sagesse d’Echo mountain, son dernier album en date d’ailleurs lui aussi scindé en deux parties, et affiche une joie de jouer, une attitude parfois “énervée” contestable quand on prend conscience qu’elle s’applique à un répertoire débarrassé de tout réel écart sonore.

L’essentiel est pourtant assuré, ce comportement prévisible et sans aucune surprise ou initiative un tant soit peu déviante engendrant le bonheur d’une bonne partie de la salle (et la vive déception de la frange la plus authentiquement rock de celle-ci, minoritaire bien évidemment). Cette dernière ayant, il faut le souligner, l’occasion de vite se rattraper avec la 106 Experience de ce mardi 7 juin, Magic Hawaï, BBC et Older y étant à l’affiche pour une fin de journée à coup sur captivante.

Photos Stéphane Lazreg.