Aladdin – We were strong, so we got lost

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1906
Gilbert Cohen, “routard” de l’electro et patron du label Versatile, et Nicolas Ker, chanteur de Poni Hoax et intervenant sur plusieurs albums brillants, dont celui de Black devil disco club ou encore avec Paris. Pouvait-on, comme beaucoup se plaisent à l’écrire, douter de la productivité de ce duo, à priori contre-nature?

A mon sens non, le pedigree et le savoir-faire des deux hommes incitant plutôt à l’enthousiasme concernant ce travail commun. Et à l’écoute du “bébé”, force est de reconnaitre que l’essai est réussi, bien équilibré entre new-wave, rock, electro bien sur et clins d’oeil cold (sortant tous d’eux d’une séparation, on imagine qu’en certaines occasions, la paire n’allait pas se la jouer romantique exalté, et pourtant Alladin nous en gratifie en plusieurs endroits), intéressant de bout en bout, dans ses plages rythmées (K-maro, illuminé, si l’on peut dire, par la superbe voix de Ker que Gilb’r saupoudre de ses nappes de claviers racées, volubiles et parfaitement adaptées, The sun is on fire et ses instants grinçants dont on raffole) comme dans ses moments de quiétude (le magnifique et délicat Come to the fair).

L’amorce est splendide, Oh Oriane et sa mélancolie communicative, sa trame sombre alliée à un chant dont l’allégorie n’empêche pas la profondeur des ressentis, s’avérant d’emblée captivant, avant que les voix criées de Mass confusion, s’ajoutant à celles de Nicolas, (ces synthés, énormes) ne complètement le panel avec brio. La pertinence du propos impressionne, et on se rend compte que l’alchimie est ici continuelle. Ce morceau fait se succéder diverses ambiances et représente par là-même, de belle manière, l’esprit du binôme: large, ouvert, mais au final parfaitement cohérent.

Plus loin, Key fo fort Knox, lancinant, lardé de sons obscurs et cosmiques, apporte lui aussi un crédit certain à l’entreprise, de même que Little girl did lay, où voix et claviers suffisent, sans rythme réellement palpable, à créer un morceau significatif, expressif. On aime aussi le duo dans ses essais alertes et déviants, et The secret life of animals va en ce sens, doté de sons rock bienvenus et surtout bien pensés. Avec, aussi, des touches jazzy dans les synthés, associées à un canevas clair-obscur du plus bel effet. Alladin réussit son coup, suscite l’intérêt sur chacune de ses réalisations, et livre un opus de taille, qui jamais ne faiblit, pas même en fin de parcours, là où le bat blesse pour beaucoup de formations actuelles.

Ainsi, Suicide groove et son côté funky (superbes basses, entre autres éléments disctinctifs liés à ce morceau), mais aussi post-punk circa early 80’s, puis A simple game se mettent à leur tour en évidence, avant Sea of faces, dénudé, spatial, son versant évoquant d’après mes souvenirs d’écoute les travaux les plus expérimentaux de The big crunch theory, projet incluant la sémillante Lisa Li-Lund et auquel participe Gilb’r.

Enfin, le psychédélisme synthétique de From blindness to sight (and back again), intense et vaporeux dans le même mouvement, fort de synthés aux envolées tout aussi envoûtantes que la voix de Nicolas Ker -c’est le cas, soulignons-le, sur l’intégralité des morceaux de l’album-, met fin à une première réalisation commune ayant pour thème et origine un désenchantement amoureux qui, s’il blesse sur le plan humain, trouve ici une parfaite mise en son.