Haight Ashbury – Here in the golden rays

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Attention, talent. L’expression était mienne bien avant qu’une certaine structure soi-disant « agitatrice de talents » ne l’utilise et surtout, elle s’applique parfaitement à ce trio écossais nommé Haight Ashbury, constitué de deux filles et un « mec » et auteur d’un superbe premier album, entre folk énervé et psychédélisme doté d’un son de guitare jouissif.

Jennifer Ashbury chante et tape, Kisrty Heather Ashbury chante et manipule la quatre-cordes, et le mâle Scott James Ashbury joue, divinement bien, de la guitare et de la sitar. L’alchimie est parfaite, le style…stylé, racé, aussi brut que finement développé, les chants des deux donzelles magnifiques et parfaitement ajustés, et qu’il se fasse « doucereux » (le céleste Molitof, dont la fin instaure des guitares bourrues et un contenu massif) ou se positionne entre beauté des voix et rudesse instrumentale (le superbe Freeman town qui ouvre l’album), ce premier long-jet fait feu de tout bois et révèle d’emblée un talent énorme. On pense à un BRMC « féminisé », ou encore à Black Mountain, mais le groupe de Glasgow développe un univers qui manifestement lui appartient, ce qui ne le rend que plus intéressant encore.

De Mother’s ruin, à la fois flou et bourru, à £ Song Suite et sa folk électrifiée spatiale et lancinante, Haight Ashbury captive et fait surgir le souvenir de formations telles que The Brian Jonestown Massacre pour ce côté folk merveilleusement souillé, ces élans psyché addictifs,ou The Jesus and Mary Chain pour le versant underground, sombre, de ses compositions.
On écoutera ce disque dans son intégralité, et on s’entichera de Sympathetic strings, orné par la sitar majestueuse de Scott, puis de Preacher, mélodique mais sous-tendu par un arrière plan menaçant. Et le choix des Ecossais d’allier élégance du genre et « salissures » folk ou rock lui permet un rendu inégalable. Alphalpha, avec son début « propre » et feutré que suit une trame assénée plus « sale », illustre bien cela, de même que le long format de Don’t let your music die, changeant dans ses humeurs, entre attitude posée, bourrasques soudaines et accalmies de toute beauté.

Plus loin, Favourite song use de cette dualité vocale décisive, d’un tempo soutenu et de ces guitares constamment géniales pour à son tour nous réjouir, suivi de Million man march, plus plombé, massif mais allégé par des plages de grâce vocale irrésistibles.
On ne décroche pas une minute de Here in the golden rays, et la folk de 3 little birds, qui se résume au jeu flamboyant de Scott, plein de feeling, et aux voix des deux filles, complète le tableau avec superbe, étayé en sa fin par des percus marquantes.

Avec le £ Song Suite de fin évoqué plus haut, que précède le bien nommé Beauty, d’abord retenu, jalonné par des embardées nerveuses, aussi haut perché que souterrain, on tient là, de toute évidence, l’un des albums de l’année, dans un style hybride mais abordable, jamais conventionnel, et à coup sur addictif, loin de tout souci de conformisme et de toute attitude « rangée ».