Lab° et son brassage addictif, figure de proue d’une mouvance précieuse.

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En prélude à une date amienoise très attendue, interview des sorciers sonores nommés Lab°. Réponses par Julien et François-Pierre Clavel.


1.La toute première chose qui m’ait « secoué » et captivé, chez Lab°, est cet univers riche, foisonnant, délibérément personnel. A la manière d’un Dälek ou encore des Young Gods, dans le brassage stylistique audacieux et abouti. Vous reconnaissez-vous dans cette description?
Fpc :
Sommes-nous bien placés pour se reconnaitre quelque part ?
Délibérément personnel surement, foisonnant plus que riche bien que volontairement pauvre parfois. Ou pauvre parce qu’on aime ça. Une note, un kick. What else, comme dirait Georgy.
Surtout toujours à l’écoute de ce que l’on fait. On ne cherche pas à répondre à une attente. D’une part parce qu’il n’y en n’a pas (petit public bien que génial public= petite attente bien que géniale attente).
D’autre part parce que la seule fois ou nous l’avons fait, c’est tombé à côté de la plaque. C’était pour le premier album Dubalgan 500mg. On s’est rencontré pour cet album un peu concept qu’on a enregistré en une nuit en nous disant qu’on allait faire du dud.
Au final, notre premier morceau fut « Liquide » qui est à quelques blocks de la sphère dub and Jah. Un morceau plutôt voisin du trip hop de la période 98 mélangé avec un noise de la même période voir plus vieille de Fugazy à My bloody Valentine. L’univers d’où l’on venait en fait.2.Comment vous y prenez-vous pour réaliser l’amalgame de vos idées et influences, et pour conserver cette incroyable cohérence?

Julien : On a pas vraiment de méthode réfléchie, on part en général d’improvisations, soit directement au moment de l’enregistrement, avec éventuellement  quelques montages par la suite, soit en amont, en les retravaillant de manière plus classique, en répétition. Chacun est libre de jouer ce qu’il veut, on  essaye de ne pas se diriger mutuellement. La cohérence, si elle existe, vient peut-être des bornes que chacun de nous se donne comme limite à l’esthétique du  groupe, même si on en a forcément 6 visions différentes. Cela pourrait partir dans tous les sens, mais on s’écoute ! De plus, on travaille toujours tous  ensemble et on a toujours enregistré “live”, ça peut aider…

3.Vous êtes de toute évidence des adeptes de la scène. Que vous apportent vos tournées et le fait de jouer de façon régulière? J’imagine que vous y voyez une sorte de défi, le « pari » de vous renouveler pour ne jamais tomber dans le « figé » ou dans une certaine forme de répétition…

Julien : C’est plus simple que ça, la scène est la raison d’être de ce groupe. Si l’exercice de l’enregistrement est amusant en soi, ce n’est pas suffisamment enrichissant pour maintenir le groupe en vie. Là ou tu as raison, c’est qu’un même morceau joué deux soirs de suite en concert, quoiqu’identique à la note près, sera profondément différent et pas “figé”. C’est dans la rencontre avec le public que le truc se produit, c’est comme un musicien de plus, si on arrive à y être attentif, à “l’écouter”, c’est toujours nouveau et jamais lassant, même avec les mêmes vieux morceaux rejoués encore et encore.

Fpc :
J’ai connu personnellement un moment de saturation du live. Quand on faisait plus de 60 dates dans l’année,  mais c’était principalement du au système et la routine des tournées. Maintenant que nous choisissons nos dates (peu nombreuses mais précisément excitantes), je profite pleinement de la spontanéité et de la jouissance du concert. Comme un saut que l’on fait à 5 sur scène, un parachute pour tous. Avec ses accidents et ses périples, un régal pour les oreilles et le palpitant : la cerise sur le gâteau restant bien entendu, le retour du public : lorsque l’on balance quelque chose et que le public te renvoie la balle encore plus fort : c’est difficilement descriptible et fabuleusement jouissif. Comme une première nuit magnifique avec quelqu’un que l’on ne connaît pas.

4.Vous m’évoquez aussi nettement la paire Hint/EZ3kiel, dont je dévore régulièrement le cd/dvd du Collision tour 2009. Des associations de cette nature sont-elles également susceptibles de vous influencer, voire vous amener à collaborer d’une manière similaire?

Julien : On a assez peu eu l’occasion de le faire, on a toujours vécu notre vie dans notre coin à l’écart des réseaux. Pas forcement par choix, plutôt pour des raisons géographiques… C’est marrant que tu cites ces deux là, ils font partis des rares avec qui on a collaboré.

Fpc :
Arnaud de Hint est quelqu’un que l’on apprécie beaucoup. J’ai récupéré son ampli de la première période de Hint. On a fait un split avec la Phaze (son nouveau groupe). J’aime beaucoup le naturel d’Arnaud avec ses deux amplis bass guitare et sa manière d’entreprendre des projets très variés tout en restant particulièrement intègre.
Johann de Ezekiel autant que Mathieu et Yann sont les seules personnes de la période dub and co avec qui on est toujours en contact. Même si les retrouvailles sont rares, elles sont toujours honnêtement chaleureuses.
Ezekiel nous a invité il y a 250 ans à partager la scène de Aucard de Tours.
1200 personnes sous chapiteau. On avait créé spécialement 3 ou 4 morceaux ensemble pour l’occasion; 2 batteries, 2 basses, 10000 machines, quelques guitares… grand moment pour nous parce que je crois premier gros concert.

Donc oui, si il y a deux groupes à retenir pour nous, c’est bien ceux la.

Et Manutension qui pour moi est une personne qui m’a marqué à vie.5.Comment jugez-vous l’accueil qui vous est réservé, depuis vos débuts, sachant que vous ?”uvrez dans un créneau habituellement réservé à un public ouvert et « initié »?

Julien : Plutôt bon, il nous est arrivé de jouer devant des publics pas spécialement “initiés” lors de fête de la musique ou festivals généralistes. Ecoute, on s’est pas fait jeter, ça a même plutôt bien pris, parfois.

Fpc : Assez bonne par rapport à ce qu’on leur fait subir. 6.Vos investigations sonores ont-elles atteint leur plénitude, ou sont-elles encore, selon vous, évolutives, « étayables » et perfectibles?

Julien : Ce que je vais dire est peut-être très personnel mais je ne crois pas que ça existe, la plénitude, pas dans cet exercice en tous cas. Il n’y a pas de forme achevée, définitive et absolue, que des expériences éphémères : des concerts, des enregistrements, des rencontres… Bon, bien sûr, les disques traversent le temps, mais ils restent finalement la trace de l’expérience ponctuelle de l’enregistrement, d’un temps précis. Comme une belle photo de visage. Le visage, lui, évolue. C’est plus le visage qui va m’intéresser. Mais là ça reste une vision perso, on peut voir ça différemment.7.Vous avez récemment joué avec Aucan et Gâtechien, deux formations elles aussi décalées, non-conventionnelles et libres d’esprit. Est-ce votre éclectisme qui vous permet de tourner auprès de groupes variés, et est-il enrichissant pour vous, humainement et musicalement, de les côtoyer?

Pour certains groupes c’est le cas. Honnêtement pour Aucan version dub, c’était vraiment un concert que j’attendais et le résultat m’a semblé assez minable. Gatechien, je n’ai pas pu les voir mais on a écouté le disque que Fred nous a filé. Bien.
C’est toujours agréable de jouer avec des groupes qui ont un discours autre.
On a tellement bouffé d’autoroutes rastafaris que dès qu’il y a une dissonance, mes oreilles s’ouvrent.8.En regardant dans le rétro, avez-vous des regrets liés  à certains éléments de votre parcours, des choses que vous auriez changées ou accomplies différemment? Et quel bilan tirez-vous de ce parcours déjà long de plus de dix ans?

Julien : On peut toujours s’amuser à refaire l’histoire, je préfère choisir de ne pas avoir de regrets. Donc c’est cool. Si on pouvait changer quelque chose, ambiance “machine à remonter le temps”, ça nous changerais tels qu’on est maintenant. Est-ce que ce serait mieux ? Pas sûr… On s’est jamais autant fait plaisir à jouer qu’aujourd’hui… Et j’ai bien aimé ces 13 années, donc : pas de regrets, définitivement.9.Par extension à la question précédente, en regardant devant vous, quelles sont vos perspectives quant à la suite de votre carrière?

Julien : Aucune, notre horizon a toujours été 6 mois maxi. La suite, on verra quand on y sera.

10. Vos apparitions live sont maintenant très attendues, celle d’Amiens le sera donc également. Qu’attendez-vous du public que vous croisez dans les salles?

Julien : D’être habillé en noir une bougie à la main, d’être à genoux quand on entre sur scène le regard baissé, de s’offrir corps et âmes sans restriction et de nous faire légataire universels de tous leurs biens… ou pas. Plus sérieusement, à part d’être là, pas grand chose. c’est déjà cool de venir, on peut même supposer que c’est volontairement, alooors…

Fpc : D’être là. Et de faire tourner.11.Pour revenir sur votre discographie, êtes vous satisfaits, quelques temps après sa sortie, de votre petit dernier, « Volume »? Etes-vous également satisfaits de l’évolution de vos sorties respectives?

Julien : Le petit est en bonne santé. Il résiste bien aux écoutes successives. C’est un beau bébé.
Fpc : Toujours aussi satisfait du gamin. Le test reste la scène.
Et lorsqu’on ouvre avec Black Swan, je suis fier de lui.
Pour les sorties respectives, « Volume » est sorti un peu incognito. Nous n’avons pas cherché à le mettre en avant plus que cela. Cela ne nous sert à rien. On arrive à jouer comme on veut sans le soutien de la presse qui devient plus des cahiers tendances que des critiques musicales.

12.Est-il difficile pour un groupe comme le votre, composé tout de même de six membres en n’incluant que les musiciens, d’arriver à des accords définitifs sur tout ce qui est écriture, composition et orientation musicale?

Julien : Pas trop, ça se fait de plus en plus facilement même. C’est peut-être l’age. On commence à bien se connaitre musicalement, à force.

Fpc : Ce que l’on fait n’est pas réfléchi. Cela doit s’entendre d’ailleurs. Très simple à faire. On joue et on sélectionne par la suite ce que l’on veut mettre en avant. C’est intrinsèque à notre cohésion de groupe. Donc non, ce n’est pas difficile, mais ça peut prendre du temps. Le blocage n’étant pas la cohésion mais la satisfaction. Nous avons mis 5 ans pour faire le dernier album. A chaque fois que l’on enregistrait, on était tous d’accord : ce n’était pas encore cela. Jusqu’à la compilation de ces extraits d’enregistrements retravaillés en l’opus qu’est « Volume ».13.Pour finir, comment vous sentez-vous à l’approche de cette date amienoise, sur des terres qui vous sont, si je ne m’abuse, familières et favorables?

Julien : Bien ! Hâte d’y être. On adore tellement les picards qu’on en a adopté un il y a 11 ans, éclairagiste. On a toujours été super bien reçu, que ce soit à La Lune, en festivals ou au Wazoo, qu’on adore. On s’est fait pas mal de potes en Picardie, on y a même été certaines fois sans y jouer, juste pour notre plaisir…

Fpc :
Toujours un plaisir de revenir à Amiens ou l’on a rencontré notre lightman Julight qui est devenu au fil du temps un de mes meilleurs amis. La Picardie pour nous, c’est un peu lui. Des nuits sous mdma en entendant les vaches sortir pour paître… entre deux ficelles picardes et une poignée de champi.
Et un tgv du Wazoo. Je sais… c’est un peu primaire mais la solution est dans le primaire.

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