Louis Bertignac

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Louis Bertignac


 


Ce soir le montreur d’ours est dans notre ville, et l’on se presse fort nombreux au Krakatoa pour voir l’Ursus arctos horribilis, appelé plus communément le grizzly.



Parmi la foule massée dans la salle on observe au premier rang les plus jeunes venant avec leur papa braver la bête, derrière la grille.



Il ne fait pas froid au Krakatoa, c’est vous dire combien nous sommes venus pour admirer l’animal.



Il arrive sur scène, calme et posé, comme habitué par le rituel. Faut dire qu’au cours de ses nombreuses représentations, il a du s’habituer à partager son espace vital avec cette curiosité qu’est l’homme.



Son pelage arbore une jolie teinte grise, ce qui lui vaut son nom, en effet en anglais grizzle est une perruque de cheveux gris.


 


Et si l’on s’amuse à compter son nombre de printemps outre la toison argentée, on comprend mieux cette aisance déconcertante à la guitare. Privilège de l’âge, et de l’expérience, oui certes, mais il y a en plus un quelque chose de majestueux à le voir caresser les cordes avec ses griffes, tout en balançant sa tête de droite à gauche.


 




On est bien loin du massacre de ‘jeux interdit’ par les apprentis boutonneux regardant leur doigts sur le manche pour trouver les notes, espérant je ne sais quelle reconnaissance.


Pour la guitare il faut fournir des efforts, mais aussi avoir du talent. Et ça notre ours il en a.



Le concert commence avec ‘Ça c’est vraiment toi’, titre rassurant pour les plus anciens d’entre nous. Le grizzly oublie alors ses années et l’animal gigote comme un ourson. Une autre vieillerie histoire de continuer sur du connu. Puis on attaque le dernier opus avec deux titres dont ‘22 m²‘ qui est suivi d’un tonnerre d’applaudissements.




 




Après cinq rock, vous en reprendrez bien un autre, ben oui, alors c’est le titre ‘pro’ qui nous est servi.



Il faut bien calmer le rythme, alors une chanson douce comme nous chantait ma …, non plutôt une chanson d’amour.



Puis, une veille, une très veille chanson comme aime nous la présenter Louis Bertignac, avant de commencer ‘Cendrillon’ que le public reprend immédiatement. Mes poils se hérissent et mes souvenirs envahissent mon cervelet. Paf un flash, merde j’ai le même âge que cette pauvresse à la fin de la chanson, j’ai laissé passer mes jeunes années et je commence ma crise du quadra! Moi qui n’ai toujours pas de coupé allemand dormant dans mon garage. Et dire qu’il avait écrit ce titre prémonitoire il y a fort longtemps, qu’elle lucidité précoce!




 





Les mains du public se lèvent aux notes qui se détachent, Louis Bertignac joue le thème à genoux, accompagné par la basse et la batterie qui marquent des soupirs. Il entonne un quelques vocalises et retour au champ et accélération du rythme. Notre grizzly sautille, jubile, scande des ‘So lonely’ qui trouvent echo dans le public. Pour finir avec une évocation de ‘Blue Suede shoes’ juste comme ça, pour de rire.






 


Suit, ‘le grand ordinateur’, avec le code source défilant sur les écrans lumineux façon Matrix.



Et notre quinqua nous avoue, combien il est fatiguant de jouer du rock à son âge, qu’il est le nouvel homme fontaine, tant sa peine est grande. Alors qu’il ne nous quittera qu’à 23H passées après deux courtes pauses.



Il joue avec le public, en signalant qu’il parlerait de nous à son copain Mike avant de faire la reprise de ‘Gimme Shelter’


des Rolling Stone avec une saturation lumineuse des panneaux placés sur scène attaquant par salves limites stroboscopiques.



D’autres clins d’oeil suivront : notamment à John Lee Hooker et Yes.


On sera ainsi gâté jusqu’à la fin, un peu plus de deux heures de concert, des titres à foison : et c’est vrai que lorsque cela se passe bien, le départ est alors toujours difficile.



Merci donc à l’ours d’être venu nous voir.




 







www.myspace.com/louisbertignac


 


Merci à Louis Bertignac & au Krakatoa


Photo Thierry