Corleone – Corleone

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Forcément nombreux à éprouver une incoercible nostalgie pour Sloy et sa formidable originalité, on connait aussi la qualité des projets de son leader Armand Gonzalez. Ainsi et après Sabo et 69, peut-on profiter à plein de Corleone, ou le chanteur-guitariste possédé s’acoquine avec la rythmique de Dionysos, carrée et expérimentée, pour livrer à l’arrivée un excellent de disque entre garage-pop et rock’n’roll racé.

Celui-ci porte de plus, sur le plan vocal et en certains endroits, la folie de l’ex trio bitterois puis rennais, et offre une pluralité d’ambiances qui le met grandement à l’honneur. Ca démarre d’ailleurs sur un riff imparable (King Size et ses superbes choeurs), par un morceau court et soutenu, introduction parfaite à un opus sans failles. On navigue ici en eaux pop, une pop effrontée, nerveuse et matinée bien sur d’accents garage, aux humeurs rythmiques changeantes, puis Electric people et son intro aux tonalités “basse”, valorisé aussi par la guitare d’Armand et ses gimmicks ravageurs et un refrain immédiatement mémorisable, confirme la forte impression produite par ce début d’album.

Le son étant confié à Peter Deimel, il va sans dire qu’à tous les niveaux, l’essai risque de se montrer probant et le son très live du groupe réjouit l’auditeur, ensuite enthousiasmé par un Make it groovy pas éloigné de Sloy, quand bien même Corleone, c’est une évidence, possède son identité propre. Simplement, les intervenants usent, ensemble, de leurs parcours et expériences respectifs pour tirer le meilleur de cette expérience commune. Leur complémentarité saute…aux oreilles et lorsqu’il baisse le tempo pour ensuite le relever d’un cran (Music boom), usant de voix associées dont on remarquera la portée, Corleone fait de nouveau mouche, avec ses mélodies soignées portées par le flux d’un rock tendu, personnel, de choix. C’est également le cas sur le saccadé Feel your tongue, où Céline Rocca and the Brunettes se distinguent aux choeurs, et le détendu Corleone qui bénéficie lui de l’intervention de Téo Manonni au Coron DC-861 et qui, en plus de leur irréfutable valeur, élargissent encore le champ d’action du groupe.

On en arrive alors à la seconde partie de l’album et Cranky ganster, mené par des tons de basse remarquables, impose son rock impétueux, que souligne, sur l’amorce, une jolie acoustique. On profite ici d’un rock chaud, sous tension mais doté de mélodies décisives, et les relents funky de Welcome to the underground, relayés par des chants à l’unisson, font définitivement pencher la balance du bon côté, d’autant que le vivace Come on sister, qui m’évoque le meilleur des French Cowboy -c’est dire s’il est bon-, vient parfaire le répertoire d’Armand et ses deux hommes de main, Stephan Bertholio (guitares, chant) et Rico Serra-Tosio (batterie, chant, “whistle”). Deux guitares, pas de basse; le ton est donné et sur la fin, jamais la fine équipe ne faiblira, surtout pas, en tout cas, à l’occasion de Ink et sa garage pop chaude comme la braise, dotée elle aussi de choeurs marquants.

Corleone se permet ensuite un titre posé et pétri de classe, Romance of silence, superbement “décoré” par des guitares fines et les sifflements de Rico. Chaque titre vaut donc le détour et l’ultime morceau, un Black hole trépidant, au rythme débridé, aux accents surf délicieux qu’étaye la voix unique d’Armand, met définitivement tout le monde d’accord en mettant un terme, avec superbe, à ce qui sera sans nul doute l’un des meilleurs albums hexagonaux de ces derniers temps. Avec, de surcroît, la perspective de passer des soirées live mémorables, et dans l’attente d’une suite qu’on espère rapide et porteuse de la même classe et du même brio.