Arno à Lens; après la démonstration corbéene, la gifle lensoise.

0
1346



Arno
avait déjà fait chavirer le Théâtre Les Docks de Corbie en février, fort d’un répertoire énorme et d’une attitude scénique imparable, épaulé de plus par quatre musiciens impeccables dont l’impressionnante Sabrine aux choeurs et au chant.

A Lens, dans une très jolie sale du Colisée comble pour l’occasion, le Belge nous a resservi le même show, titre pour titre, réussissant la prouesse de faire mieux encore, servi par un son à la fois clair et puissant, rock et mordant mais constamment distinct. Avec pour effet de valoriser d’autant plus des titres comme Ratata, massif et teigneux, d’une puissance renversante, ou Rock them out, exceptionnel rock bluesy balafré par la guitare de Philipp Weies. Qu’il puise dans son petit dernier, Brussld, ou les anciens albums (les titres de Water, opus composé avec The Subrovniks, sont ici de taille), Mr Hintjens fait mouche, malmène la salle au son de morceaux puissants pour ensuite instaurer des moments de douceur uniques comme Elle pense quand elle danse ou Quelqu’un a touché ma femme.

L’entrée en matière, triomphale, Arno débarquant lors de l’intro de ce Brussls d’abord obsédant, avec la dualité gimmick synthétique/riff de guitare, puis d’une intensité à toute épreuve, m’amenant à brailler, seul sur le côté de la scène, le refrain “Dancing in the streets of Belgium…”, met d’entrée de jeu le public lensois sur la voie, un Mademoiselle magnifique se voyant suivi de Meet the freaks, à ranger dans la même catégorie que Rock them out ou Ratata. Le gars d’Ostende, armé d’un humour à la fois fin, piquant et hilarant, conquiert le Colisée et affiche une énergie intacte. Il reprend Nina Simone (See-line women) avec brio, nous transporte avec  With you, et nous régale du pop-rock entrainant de Françoise (“On est moches mais on s’amuse”, refrain une fois de plus fédérateur), où la section rythmique impressionne, de même que ce “bon vieux” Serge Feys, compagnon de route depuis toujours, derrière ses  claviers, ou Black dog day, moins alerte mais tout aussi décisif.

L’intouchable enchainement Oh la la/Putain putain met ensuite fin, sur un air de TC Matic forcément générateur de nostalgie, à un set d’exception, la foule, debout, chantant le refrain du second nommé à l’initiative d’Arno pour ensuite réclamer de façon passionnée le retour du vétéran d’Ostende. Lequel débarque dans un premier temps seul avec Serge pour le lacrymal et merveilleux Les yeux de ma mère, puis accompagné de tous pour Les filles du bord de mer, en communion totale avec l’assistance avec laquelle le sexagénaire s’amuse avant de quitter la cène avec la classe qui le caractérise. Laissant pantois et béât d’admiration un Colisée comblé, pour repartir vers d’autres lieux dont beaucoup, on ne s’en étonnera guère, affichent d’ores et déjà complet.

Un concert une fois encore de toute première qualité -c’est une constante chez Arno-, et un moment forcément privilégié, marqué par une set-list inattaquable et une cohésion de groupe à la fois affirmée et représentative d’un melting-pot humain et musical exemplaire.

Photos William Dumont.