Black Devil Disco Club – Circus

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Incroyable ce qu’un sexagénaire mis à l’honneur par les Chemical Brothers et Aphex Twin, ayant accédé à un statut culte en 1978 sous le nom de Black Devil avec Disco Club, peut encore dégager, à l’heure actuelle, comme indéfectible inspiration.Pour garder celle-ci intacte, le plus qu’expérimenté Bernard Fèvre, génial “bricolo sonore” ayant pour particularité de réussir toute entreprise initiée et d’oeuvrer dans un créneau peu commun, issu de sa propre imagination, fait appel à un superbe brochette d’invités, Jon Spencer en tête sur ce Fuzzy dream de haute volée qui inaugure les festivités.

Energique, cosmique et porté par des basses et synthés aux trames obsédantes, ce morceau met en scène un Spencer éloigné de son registre habituel et diablement convaincant, et on comprend très vite qu’avec ce disque, la performance réalisée sur 28 after, l’opus sorti en 2006, sera au minimum égalée. L’amorce, idéale, se voit très vite confirmée dans sa qualité par Pavement opposite, où officie Nancy Fortune, truffé de sonorités sombres, déviantes et ingénieuses, le duo vocal avec Fèvre s’avérant savoureux. L’electro de Black Devil Disco Club, à un tel niveau, n’a guère d’équivalent, et le résultat des collaborations ne souffre aucune critique offensive, à commencer par ce titre à la fois céleste et enlevé.

Le trépidant X paradise, Cosmetics se chargeant ici des vocaux sur une touche à la fois sensuelle et songeuse, porte lui aussi ce pouvoir d’attraction, et impose des choeurs obsédants alliés à un canevas imaginatif, aux boucles dont le vétéran du circuit rock et expérimental détient le secret. Puis Distrust, animé par…Faris Badwan de The Horrors, ni plus ni moins, creuse ce côté cosmique et sauvage, insoumis, plus en avant encore, l’intervenant pratiquant dans un domaine qui lui est peu familier -superbe initiative du sieur Fèvre- et transformant cet essai en standard psyché hallucinant et hallucinatoire. Les gimmicks sonores, ravageurs, ajoutant le surplus d’intérêt qui fait d’un album une oeuvre majeure et durable. Et ce n’est surement pas le bien nommé Stay insane, chanté par Yacht, qui démentira mes propos. Alerte mais saccadé, balafré par des claviers acides, il entérine le haut niveau de la première moitié de Circus, enthousiasmante à souhait, et augure d’une suite tout aussi brillante.

Nancy Sinatra (la fille du légendaire Frank, ni plus ni moins), conforte l’auditeur dans son plaisir et son excellente impression en interprêtant To ardent de concert avec un chant masculin bref et marquant, semblant surgir d’un coin du cosmos. Entre psychédélisme de haute volée et sensualité bien investie, selon une avancée encore une fois magnifiée par un entrelac de sonorités incroyables.

On le voit, chaque plage de Circus possède une attractivité incoercible et le disque mérité d’être distingué à tous les niveaux, se posant en ouvrage incontournable et de nature à rapprocher les castes musicales. In doubt et Cocknbullkid illustre parfaitement ça, avec ses pointes rock synthétique et ses séquences issues d’un cerveau fertile. La chanteuse, jeune et déjà grandement performante, insuffle à ce morceau la même fièvre que chez Nathalie Alterego de Risqué, et peut sortir de l’expérience grandie, laissant ensuite place à Nicolas Ker pour un My screen exceptionnel. On sait que le chanteur de Poni Hoax intervient sur les essais les plus étranges, les plus accomplis aussi, et cette chanson ne dérogera pas à la règle, mettant en scène un univers rageur, virevoltant, dérangé, zébré par ces claviers décidément primordiaux ici légèrement cold. Impossible donc de se défaire de l’emprise de ces morceaux fringants, dansants, aux effets psychiques certains que Michael Lovett intensifie sur She flees the silence, en duo avec le maitre Bernard Fèvre. On pense aussi aux Young Gods pour cette verve sonique, ce brio dans les climats créés, cette capacité à pondre des sons prenants, et à instaurer une certaine sensitivité pop mêlée à des embardées bien moins polies.

Pour finir et puisque BDDC ne s’autorise aucune limite dans les travaux communs -on l’approuve entièrement vu le produit obtenu-, c’est Afrika Bambaataa qui prête sa voix à Magnetic devil, au titre significatif, fait d’une cold wave captivante, aux nappes de claviers dérangées, aussi sombre que plus “éclairée” dès lors que ceux-ci se font plus clairs.

Nul besoin d’en dire plus ou de surenchérir; ce Circus est en tous points remarquable, et renverra très vite les jeunots s’adonnant au même genre à leurs chères études, en même temps qu’il consacrera Bernard Fèvre et son projet comme une référence incontournable.