Cascadeur et son bel univers au Temps du Jazz.

0
1446
Pianiste, auteur-compositeur et interprète, le messin Alexandre Longo s’est appuyé sur son récent The human octopus, bel album fait d’une pop oscilllant entre electro et mouvements psyché graciles, pour imposer sa patte, son humour, autre atour scénique non négligeable, et une savoir-faire que beaucoup peuvent lui envier.

Sa voix, haut perchée, et ses déviances sonores (Walker, titre au “buzz” amplement mérité), ainsi que ses superbes ritournelles, élégantes et devant autant à un Air moins figé, moins démonstratif, qu’à un Radiohead moins maniéré, ont fait de son apparition l’un des meilleurs moments du Temps du Jazz organisé dans la capitale picarde, un nouveau morceau, L’odyssée, étant offert au public de même qu’un essai hors-album tout aussi concluant.

Son look aussi, façon cosmonaute ou serial killer talentueux et attachant, attire l’attention et Alexandre, enthousiaste et reconnaissant, met très vite “in his pocket” une salle du Old Dreams comble. Les titres forts sont nombreux, prenants, et la finesse du propos (Bye bye, superbe “outro” partagée avec le public), alliée à une jolie voix et troublée en certaines occasions par un tempo plus affirmé, rend sa prestation unique. Qu’il s’agisse d’Into the wild, jazzy et légèrement obscurci, d’un Glam à la fois pur et cadencé, ou de tout autre plage, on s’entiche du climat créé, qui emmène très haut en même temps qu’il fait lentement dodeliner de la tête.

Cascadeur use en outre d’instruments inédits, dont un mégaphone ou un petit synthé portatif relié à un tube dans lequel il souffle, et étoffe par ce biais ses compos de façon gracieuse et peu commune, tout en gardant une cohérence jamais prise en défaut. L’alternative à Thom Yorke et ses musiciens, désormais barrés dans des expérimentations au sein desquelles on se lassera de les suivre, se trouve peut-être là, dans une démarche plus simple et pourtant bien plus convaincante. Et pour peu que Cascadeur balise et étaye, à l’avenir, son répertoire déjà individuel, il trouvera une place de choix et se rendra l’auteur de prestations de contenu similaire.

Pour l’heure, il nous reste ce moment privilégié,  cette belle expérience sonore constituée d’une suite de morceaux racés, sans temps morts (c’est parfois là que le bat blesse dans le genre pratiqué), duquel on ressort songeur, heureux, dans l’attente de la prestation d’Elysian Fields.

Photos William Dumont.