Sieur et Dame – Perversion discrète

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Kythibong. Ce label nantais vous parlera surement pour le côté inédit, décalé, des artistes qu’il met en avant et cette fois, le constant se confirme de façon singulière avec le duo formé par Claire Grupallo, chanteuse lyrique, et Etienne Anclin, géniteur d’une musique dérangée. Il s’agit de leur second album et d’emblée, on plonge dans un univers déjanté et distingué, King kong et sa douce folie, drapé dans une vêture simultanément racée et déglinguée, imposant sans coup férir la patte de la paire nantaise. En Anglais, second morceau court et faisant étalage des possibilités exceptionnelles de Dame, confirmant cela, suivi par Obsession ou Sieur démontre les siennes avec autant de brio, le duo vocal de ce morceau d’abord posé puis plus insoumis dans le texte, fait d’un jazz d’ “époque” feutré, constituant l’un de ses nombreux atouts.

La recette fonctionne donc à merveille, en dépit d’un côté exigeant, et Ma douce amie offre ensuite un autre bon moment, inclassable, posé, superbement musical et changeant dans ses humeurs, avant un second court format loufoque et magnifique nommé Eroto Manuel.

Aussi harmonieux que dérangé, le petit monde de Sieur et Dame a de quoi plaire et se différencie nettement de tout autre produit actuel, Circlefreaks en amenant l’illustration par ses entrelacs de voix mélodieuses ou tourmentées, soulignés par une instrumentation avenante mais agitée, de même que The fall et son piano changeant.

Carla Pallone, de Mansfield Tya, officie au violon, le percussioniste Australien Will Guthrie étant également de la partie, Meriadeg Orgebin tenant lui la basse (le garçon se distingue également dans le domaine des arts plastiques et de la vidéo), et leurs interventions renforcent le côté étrange, et personnel, de l’opus. Et malgré un cheminement en apparence posé, Revenge en fait étalage avec brio par ses soudaines pulsions vocales et instrumentales, sans se départir de sa magnificence dans l’ornement. Cry my head, plus rythmé, pop-rock (dans le versant expérimental du terme)  et irrésistible tant vocalement que dans le son, enfonce ensuite le clou, comme Amour courtois, dernier format éphémère du disque, épris de folie dans ses voix qui se complètent.

Le mot de la fin revenant à Jenny, entièrement obsédant avec les “Jenny-Jenny, Jennyy” de Claire, époustouflante, et ses cassures de rythme en osmose avec un décor lui aussi variable, il est permis de conclure en disant qu’en s’adonnant à la Perversion discrète suggérée par cet album, on court le risque de plaisirs musicaux prolongés, inédits, n’appartenant de plus à aucune caste précise. Ce qui distingue d’autant plus l’ouvrage de Sieur et Dame, bluffant de classe, de folie créatrice et d’identité personnelle.