Oh La La! – Oh La La!

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Déjà hautement inspirée avec son ex groupe, AS Dragon, qui lui valut d’être apparentée à une Iggy au féminin, Natacha Lejeune remet le couvert avec Oh La La!, où elle s’acoquine avec deux membres de The Film, dont l’excellent Benjamin Lebeau qui officie aussi dans The Shoes. Sans oublier le non moins performant Antoine Boistelle à la batterie, le trio ainsi constitué, mené par cette dame à la provoc’ pensée, lucide et intelligente, aucunement vulgaire, accouchant sans contestation possible de l’un des meilleurs opus “made in France” de ces derniers temps.

Expérimentée, inspirée aussi, Natacha fait corps avec les deux garçons et signe une pléthore de titres tubesques et accrocheurs à l’extrême, avec l’aide d’un Benjamin largement aussi probant que dans le cadre de The Shoes, Paris ne t’aime pas, au rock acéré, inaugurant le disque sous les meilleurs auspices. Des riffs mordants et un rythme soutenu lancent ce morceau imparable, qui ouvre ensuite la voie à un ensemble dont les origines se situent à la croisée des genres et des épiques, entre pop, rock et post-punk, avec cette touche növo qui sied à merveille à Oh La la, et une urgence glam tout aussi seyante.

On les aime dans cette option, mais ils nous réjouissent tout autant sur les morceaux plus tempérés comme l’ironique Rendez-vous avec un salaud (composé avec Eric Fostinelli des Dum Dum Boys, choix estimable s’il en est), où Natacha, en dépit de textes ironiques, fait preuve d’une belle prestance vocale, et ses synthés remarquables, ou sur la pop étincelante d’Oser, à l’occasion desquels on prend conscience de l’attractivité de l’écriture de Natacha: ses textes, simples et bien pensés, nous parlent et narrent le ressenti lié à un quotidien dans lequel tout un chacun pourra se reconnaitre.

Autour de cela, les titres-phare pleuvent, à commencer par Relax et ses airs de Rita Mitsouko à la rudesse rock assumée, Harry prenant ici la place d’Andy pour un rendu d’aussi bonne facture, plus nerveux, rock mais doté d’un groove omniprésent et orné par des claviers une fois de plus savamment utilisés, et qui dopent l’intro de Carmen, percutante. Ce titre mêlant, à l’instar de nombreux autres, organique et synthétique avec maestria. Un peu à la manière du 69 de Virginie Peitavi et Armand Gonzales, dont les sons növo animent d’ailleurs l’amorce d’Oser, Oh La La! élabore un style personnel, affranchi des courants cités plus haut, dont l’amalgame est réalisée sans égarements.

Goodbye Superman s’inscrit dans cette catégorie “tubes”, tant textuellement que dans son contenu, aussi fougueux que mélodique, et Really nothing instaure un chant en Anglais qui jamais ne dénote, loin s’en faut, sur une note punky dans l’énergie dégagée. On cherche la faille mais l’ensemble, robuste, ne souffre pas la critique et Nu dans ton jean, soutenu et chatoyant dans le chant, au “décor” judicieux -c’est une constante sur ce premier jet éponyme-, en garantit l’excellence tout en nous gratifiant d’une saute d’humeur du plus bel effet dans le tempo.
L’intervention de Philippe Katerine sur la plage suivante, ce Un poing c’est tout appelé à faire date, hisse celui-ci vers les sommets, paroles déviantes, gimmicks synthétiques et riffs funky voisinant pour le meilleur, dans un registre parfaitement adapté à la loufoquerie géniale du sieur Katerine.

C’est alors que deux titres chantés en Anglais, Not in the mood et ses accents rétro charmants (Natacha, on ne soulignera jamais assez sa prestance, y fait étalage d’un panel vocal éblouissant, se montrant aussi compétitive que dans ses élans énervés), puis Tomorrow et son cheminement à la fois brut et dansant, asseyent définitivement l’intérêt et le niveau élevé d’un digipack de haute volée. Celui-ci synthétisant force de frappe, genres divers et approche plus “soyeuse” pour un rendu inattaquable.