Aaron (+Radiosofa), entre aptitudes insuffisamment exploitées et léger manque d’identité.

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Aaron, précédé par Radiosofa, locaux de l’étape auquel le 106, une fois de plus éclairé dans ses choix, donnait pour l’occasion sa chance. L’affiche, pour le fan, était alléchante. J’en veux pour preuve l’interminable file d’attente bordant la superbe salle normande et les discussions émanant ça et là d’un public  très jeune, aux anges alors même que la soirée n’avait pas encore débuté.


Radiosofa

Malheureusement et si on se place du point de vue de l’amateur de groupes à l’identité affirmée, porteuse d’originalité, l’évènement fut décevant, entre la pop-rock au chant en Français moyen, textuellement comme dans le ton, de Radiosofa, et la grandiloquence un peu trop léchée d’Aaron.


Radiosofa

Les premiers ne firent illusion que le temps de quelques morceaux entrainants (Les portes) et mirent en évidence un registre prévisible, dénué de singularité, même lorsque le chanteur de La Maison Tellier se mit à pousser la chansonnette sur un énième titre sans relief. Le souffle court, dernier album en date des rouennais, déjà mitigé, mériterait une interprétation plus audacieuse, moins polie, moins…destinée à plaire au plus grand nombre car ne nous y trompons pas, ce fut le cas, de façon très nette, en ce vendredi soir enchanteur pour l’inconditionnel.


Radiosofa

Un moment plaisant survint sur la reprise du Fuzzy de Grant Lee Buffalo, qui permit de se rendre compte qu’en Anglais, Thomas est bon, en plus du doux souvenir que fit ressurgir le titre, et on sent, comme chez beaucoup de groupes de ce style, un potentiel trop peu exploité, une attitude prudente et timorée assez regrettable. N’est pas Radiohead qui veut et quand bien même le nom du groupe se veut hommage aux gars d’Oxford, on n’atteint aucunement, ici, l’intensité, l’émotion et la profondeur des Anglais. Radiosofa, sans être négligeable, souffre de ce registre influencé, copie largement perfectible des gouts respectifs de ses membres.


Radiosofa
En dépit de cela, le set plut, de façon très claire, au public, confirmant ainsi l’option judicieuse du 106, et laisse possible, bien que mince, l’espoir de voir Radiosofa personnaliser son répertoire et en atténuer le versant “pompé”, qui s’il déplait à une certaine frange du public, et j’avoue en être, ravit le plus grand nombre, du moins  en l’occurrence.


Aaron

Passé ce show, place donc à Aaron et sa cohorte de “tubes” dont l’enchainement, dans une approche parfois molle du genou, heureusement traversée en certaines occasions par de rares fulgurances rock, met lui en exergue la facilité qu’ont Simon Buret et Olivier Coursier à mettre dans leur poche un public de toute façon entièrement acquis à leur cause malgré un ensemble aussi “pronosticable” que celui de la formation d’origine d’Olivier, Mass Hysteria. Le panel est certes large, entre pop, rock et electro, le groupe communicatif, ses titres “jolis à entendre” bien que souvent pompeux, les instants cold d’un War flag attrayants. Mais d’autres l’ont fait, à mon sens mieux, et Aaron pêche par son incapacité à réinventer ce genre. Le duo fondateur écrit et compose, certes, de bonnes chansons (Ludlow L, bon moment émaillé de synthés froids du plus bel effet), mais les Seeds of gold et autres Arm your eyes sentent la resucée, et évoquent d’autres noms, d’autres pointures, sans s’en distinguer vraiment.


Aaron

Birds in the storm, comme d’autres, fait émerger l’éminence d’un contenu enlevé, plus individuel, mais malgré un contenu correct, ne suffit pas à extirper Aaron de la cohorte de groupes confirmés oeuvrant dans la même veine. Les parisiens se hissent presque au niveau des Portishead et Radiohead, mais restent en retrait dans la qualité et la sensibilité. Et bien que de réels instants de grâce, de fièvre créatrice surgissent au détour de certaines compositions, et qu’on constate entre leurs deux albums une avancée à prendre en compte, Aaron doit encore trop à ses “parents musicaux”, qu’il égale, soulignons-le, le temps du superbe Passengers. Et à l’issue de rappels marqués par l’illustre U-turn (Lili), on quitte la salle déçu par les manques entrevus, c’est indéniable, si l’on est exigeant envers les groupes doté de possibilités étendues et animé par un esprit plus déviant sur le plan musical, mais heureux au plus haut point si l’on se contente de considérer ceux-ci en tant que tels, en occultant l’évidence des influences.


Aaron

Ce fut bien sur le cas d’un public dont la joie fit tout malgré tout grand plaisir à voir, quand bien même on a envie de lui dire qu’il existe bien d’autres choses, que la “team” du 106 a donc une fois de plus comblé, se montrant de ce fait irréprochable, sur ce point et bien d’autres, depuis son ouverture en novembre dernier.


Aaron

Photos Victorien Vilchez.