Bertrand Belin (+Séverin), soirée-surprise très réussie.

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On ne savait guère, au départ, à quoi s’attendre avec à l’affiche de la Lune des Pirates Bertrand Belin, pour lequel le trio Séverin était prévu en ouverture. Et pour tout dire, cette soirée s’est avérée être une belle surprise, les second nommés tirant d’emblée leur épingle du jeu par le biais d’une new-wave au charme suranné apprécié et, qui plus est, jamais dénué de vigueur rock.

Sur un rythme souvent soutenu, et selon un cheminement posé (Un été andalou), ou bien plus franc et nappé de synthés 80’s appréciées, allant de pair avec une basse elle aussi en évidence, une guitare mordante épiçant le tout, Séverin assure dans un premier temps une belle prestation, dans un registre en outre assez peu pratiqué en ces lieux. Comment pourquoi, entre autres, met en lumière une pop synthétique aux claviers à la B52’s et narre des tranches de vie aussi amusantes qu’ironiques et bien réelles, aux choeurs fédérateurs, 3 mois sous terre imposant lui une trame plus cold et post-punk, tout aussi judicieusement ornée.


Séverin
Séverin

L’amour triangulaire, fait de cette même recette, étoffe le tout efficacement, entre rudesse pop-rock et douceur du chant, tout comme Johnny et son mid-tempo charmeur. On se retrouve plongé dans les early 80’s hexagonales, adroitement reliftées par Severin et rerésentées, par exemple, par Jacno ou Edith Nylon. Ce savoir-faire surprend peu au vu du parcours de son leader, passé par le duo One-Two formé avec son complice Lafayette, mais fait de cette première partie un moment, dans le même élan, délicieusement rétro et rafraichissant au possible, le recours au Français, dans ce cadre musical précis, ne dénaturant pas et n’altérant pas la qualité du set, quand bien même l’Anglais aurait très certainement été lui aussi judicieux.


Séverin

Séverin, en trio soudé et cohérent, aura donc offert une ouverture originale et de qualité, qui devrait donner des idées aux programmateurs d’ici et d’ailleurs tant l’essai fut probant. Il a par ailleurs ouvert pour Lilly Wood & the Prick et le fera bientôt pour Philippe Katerine, preuve s’il en est de sa “solidité” et de sa fiabilité.


Bertrand Belin

Place ensuite à Bertrand Belin, parisien à la tenue et à l’apparence physique rappelant curieusement…Rodolphe Burger, ex Kat Onoma. Le rapprochement est tout sauf hasardeux et le chanteur-guitariste, épaulé sans faux pas par son bassiste et sa batteuse, envoûte très vite l’assistance par son lot de morceaux aussi feutrés qu’ils peuvent sortir les griffes, d’où la comparaison avec la formation strasbourgeoise, dont Bertrand atteint ici la classe feutrée, celle de Le désert, Will you dance? ou Lady of Guadalupe. Principalement issues de son dernier opus, Hypernuit, ses chansons lui assurent un panel distingué, lettré, son chant classieux, appuyé par Tatiana, qui fait bien plus que d’utiliser ses futs avec adresse, faisant, allié à une trame musicale constamment attrayante, la valeur élevée de son intervention, que le public lui demandera d’ailleurs de prolonger, conquis par son univers singulier.
Des attaques bluesy plus bourrues (Tout à changé) mais conservant cette finesse dans les arrangements agrémentent ce temps fort, de même que le rythme discret mais soutenu de Neige au soleil, et certains passages et finals délibérément rock, et on décèle chez cet homme sympathique, communicatif et talentueux un jeu de guitare probant dans tous les registres. Lui-même prenant des attitudes pétries d’élégance ou, selon ses ressentis ou la tournure prise par les morceaux, plus colériques, étonnamment expressives.


Bertrand Belin

Bourlingueur talentueux et expérimenté -son parcours, initié en 1989, compte une collaboration avec les Canadiens de Stompin’ crawfish puis les excellents Sons of the desert, avant d’oeuvrer en solo-, Bertrand Belin a donc gratifié la salle, remplie aux deux tiers pour l’occasion, d’une apparition marquante, au son d’Un jour et sa guitare, aux instants bluesy nerveux. L’énergie pop-rock feutrée d’Hypernuit prenant globalement le pas sur les essais de La Perdue, le disque précédent, ce qui n’empêche en rien les plages du dit album (Le trou dans ta poitrine, de haute volée) de contribuer grandement à la qualité de l’évènement.


Bertrand Belin

Seul à l’occasion de deux ou trois titres, le protégé du label Cinq 7 possède ce même cachet et l’attraction exercée est la même dans le cadre de son groupe, racé et parfaitement en phase. Et ce moment d’Hypernuit aura été synonyme, pour le coup, d’Hypersoirée, de celles dont on ressort surpris, conquis et enchanté.

Photos William Dumont.